VANF ANTRANONKALA – ONLINE: OMS, innovation ouverte, tous domaines pertinents

Ce lundi 18 mai 2020, et pour la première fois depuis la création de l’Organisation Mondiale de la Santé en 1948, l’Assemblée mondiale de la Santé (AMS) se tiendra à distance, de manière virtuelle. Pour cette 73ème AMS, les 194 États membres de l’OMS se consacreront uniquement à essayer de coordonner la riposte à Covid-19.

 

L’AMS est l’organe décisionnel suprême de l’OMS, mais la lutte contre la Covid-19 risque d’être occultée par la «question de Taïwan» : un certain nombre de pays d’Amérique du Sud, des Caraïbes et du Pacifique, proposent en effet d’inviter Taïwan comme observateur, malgré le veto de la Chine. Les initiateurs du projet écrivent que «by sharing its world-class experience in health care reform, Taiwan can assist WHO in achieving its 2030 goal of universal health coverage» ; «Taiwan has transformed itself from a recipient of foreign aid to a provider of internation humanitarian assistance» ; ainsi, le droit à la santé des 23 millions de Taïwanais serait garanti en même temps que le monde bénéficierait de l’expérience de Taïwan.

 

«Riposte à la Covid-19», un projet de résolution proposé entre autres par l’Afrique du Sud, l’Australie, le Brésil, le Canada, la Russie, l’Inde, l’Indonésie, le Japon, le Mexique, la Norvège, la Corée du Sud, la Grande-Bretagne, la Turquie et l’Union européenne, offrirait un consensus a minima. Ce projet de résolution «demande l’accès universel, rapide et équitable et la juste distribution de tous les produits et de toutes les technologies de santé essentiels de qualité, sûrs, efficaces et abordables» et la reconnaissance d’une «vaccination à grande échelle contre la COVID-19, en tant que bien public mondial».

 

Quand ce projet parle de «mettre à disposition de l’OMS et des autres pays, les connaissances, les enseignements tirés de l’expérience, les meilleures pratiques, les données, les supports et les produits nécessaires pour la riposte» ou de «promouvoir la recherche-développement, y compris l’innovation ouverte, dans tous les domaines pertinents», la frilosité envers des pistes comme l’Artémisia semble avoir éloigné l’OMS de la déclaration de son Directeur Général, en date du 13 mars 2020 : après avoir salué l’expérience de la Chine, de la Corée du Sud,  et de Singapour, Tedros Adhanom Ghebreyesus devait alors dire que «nous apprenons tous et nous devons tous trouver de nouvelles façons de prévenir les infections, de sauver des vies (…) Tous les pays ont des leçons à partager».

 

La Recherche-Développement sur les plantes médicinales fait partie de ces «leçons à partager». Reste à savoir si l’Assemblée Mondiale de Santé est réellement disposée à envisager «l’innovation ouverte». Après avoir décortiqué 2000 textes de la médecine traditionnelle chinoise, Tu Youyou sera honorée, même tardivement après 44 ans, du Prix Nobel de Médecine en 2015, pour sa découverte de l’artémisinine, un anti-paludéen différent de la quinine et de la chloroquine. Cette même année, des travaux sur une autre maladie parasitaire, la découverte de l’avermectine, molécule de lutte contre les vers parasitaires, valurent également au Japonais Satoshi Omura et à l’Irlandais William C. Campbell le Nobel de Médecine. Malgré cette triple reconnaissance, ces fléaux parasitaires comptent toujours parmi les «maladies tropicales négligées», de surcroît également les plus mortelles (500.000 victimes par an pour le paludisme), mais n’ont jamais bénéficié d’une mobilisation équivalente à «Riposte Covid-19».

 

Le processus d’évaluation des mesures prises par l’OMS face à la Covid-19, et leur chronologie depuis le 30 janvier 2020 où le Directeur Général de l’OMS a déclaré que le nouveau coronavirus (2019-nCoV) constituait une urgence de santé publique de portée internationale, suffira-t-il à lever le doute insinué par les États-Unis quant à la crédibilité même de l’autorité sanitaire mondiale ?

 

Beaucoup de questions dont on n’attend pas (plus) forcément des réponses.