Lorsque le jury du Falling Walls Lab Madagascar rend son verdict ce vendredi à Ankorondrano, l’enjeu a immédiatement dépassé le cadre d’une simple compétition académique. Face à une vingtaine de projets innovants, le pitch d’André Randrianirina s’est imposé comme une réponse pragmatique à l’un des plus grands défis écologiques de la Grande Île car la déforestation massive liée à la dépendance au bois de chauffe et au charbon de bois. Cette victoire propulse désormais le jeune innovateur originaire de Fianarantsoa sur la scène internationale, où il représentera Madagascar lors de la grande finale mondiale en Allemagne. Le Falling Walls Lab, plateforme de pitch scientifique ouverte aux étudiants, chercheurs et jeunes professionnels, confirme ainsi son rôle de catalyseur d’idées capables d’apporter des solutions concrètes en matière de développement durable et d’environnement.
La force de la proposition d’André Randrianirina, par ailleurs membre actif d’une association engagée dans la lutte contre les feux de brousse et la déforestation à travers la promotion des énergies renouvelables, réside dans son produit phare qui est le Biopelet. Cette innovation technologique permet de transformer la biomasse locale, en l’occurrence la simple herbe, en un combustible propre et hautement performant pour la cuisson domestique. L’approche se veut avant tout économique et incitative: pour encourager l’adoption massive de cette alternative et dissuader l’usage du charbon traditionnel, l’équipe a structuré ses coûts de production de manière à ce que le Biopelet reste financièrement plus accessible que les énergies polluantes actuellement disponibles sur le marché.
Loin d’être un simple concept théorique, le projet est déjà pleinement opérationnel et démontre sa viabilité sur le terrain depuis plusieurs années. Initié en 2016 par l’équipe d’André, ce travail de recherche et développement continu s’est imposé comme une solution de transition incontournable en attendant l’émergence d’innovations encore plus lourdes pour supplanter définitivement la biomasse traditionnelle. À ce jour, pas moins de 25 écoles réparties dans les régions du Sud de Madagascar, de Fianarantsoa jusqu’à Toliara, utilisent quotidiennement le Biopelet pour la cuisson des repas dans les cantines scolaires. Selon le concepteur, l’impact social est immédiat et palpable car la satisfaction des communautés est générale, les enfants n’étant plus contraints de transporter du bois pour aller à l’école, tandis que la pression humaine sur les forêts résiduelles diminue d’autant.
Le prochain front de cette initiative écologique et industrielle est désormais celui de l’essaimage et du passage à l’échelle nationale. Actuellement, la production de Biopelet reste localisée dans les unités industrielles de Sakaraha et d’Andranovory. L’ambition affichée par le lauréat est d’implanter des usines de production sur l’ensemble du territoire malgache. En démultipliant ces centres de transformation de l’herbe en énergie, Madagascar pourrait non seulement structurer une nouvelle filière verte génératrice d’emplois, mais aussi accélérer la protection de ses écosystèmes tout en garantissant un accès durable et abordable à l’énergie de cuisson pour les ménages et les institutions de la nation.
