Les tensions se sont exacerbées à Ambohitrimanjaka. Des habitants du site, prévu accueillir la nouvelle ville promise par le président Andry Rajoelina, persistent et signent contre le remblayage de leurs rizières.
« Venez voir de près samedi prochain, si la population est d’accord. Nous serons nombreux à nous tenir pour contester ce projet », promet Eric Hery Andrianaivo, entrepreneur et cultivateur, mardi. Celui qui s’est fait porte-parole de certains habitants de la commune rurale, fait référence à une manifestation, qui s’apparente à une démonstration de force, visant à tirer la sonnette d’alarme, le 19 Octobre à Anelitsara. « Si l’État persiste, nous aussi, nous persisterons », promet-il.
Les quelques personnes, qui sont venues s’exprimer, font part de leur ressentiment négatif par rapport à l’initiative étatique de créer une nouvelle ville qu’est Tanà-Masoandro, ce sur une surface de 1000 Ha. Pour rappel, il s’agit d’une promesse présidentielle, afin de contribuer à alléger la pression démographique sur la capitale, et de générer des richesses avec, en première phase, toutes les infrastructures nécessaires pour faire fonctionner la ville. Les récalcitrants protestent eux contre le remblayage des rizières, étape cependant nécessaire pour les constructions à venir.
Les personnes, qui se disent être des représentants des habitants d’Ambohitrimanjaka, font savoir leur position au moment où les autorités comptent enclencher la vitesse supérieure dans la mise en œuvre du projet. « Nous ne sommes pas d’accord avec les travaux de remblais. Il faut savoir que 100% de la population vit de ces rizières, que ce soit les éleveurs, les artisans ou les fabricants de briques. Ce n’est pas tout, la population d’Antananarivo consomme également les produits d’Ambohitrimanjaka, notamment le riz et les poissons », soutient Eric Hery Andrianaivo.
Les quelques individus, venus à Antananarivo, affirment avoir effectué plusieurs démarches, avant d’en arriver à la situation actuelle. Ils déplorent le fait de ne pas avoir été associés au processus de prise de décision, à savoir intégrer leur localité au projet, et estiment être « bafoués » dans leurs « droits ». Ils évoquent une approche auprès de la Haute cour constitutionnelle (HCC) et auprès de la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH) pour s’enquérir de leurs « droits en tant que citoyens ».
Procédure d’expropriation
Le gouvernement semble vouloir avancer malgré les appels lancés par des habitants d’Ambohitrimanjaka, appels s’apparentant pourtant comme une mise en garde. Une délégation gouvernementale s’était déjà déplacée sur le site, il y a quelques jours, pour montrer la volonté du gouvernement, avec comme conséquence immédiate, la mise en place d’un pont reliant la ville avec le village artisanal.
Le comité de pilotage du projet-phare du président de la République a donné le coup d’envoi du projet il y a un mois de cela. Les procédures d’expropriation ont débuté, après la publication du décret, déclarant d’utilité publique le site touché par les travaux de construction de la première phase de Tanà-Masoandro. Selon Ainasolo Eonydson Ramanasinjatomanana, adjoint au maire, une enquête commodo incommodo avait été réalisée avec un « cahier de 200 pages [qui] a été rempli en un rien de temps » par des cultivateurs qui se sont opposés au projet.
Gérard Andriamanohisoa, conseiller spécial du Président de la République, avait réitéré le droit des propriétaires, de porter l’affaire devant la justice en cas d’opposition le 2 Octobre. Néanmoins, le chef de file du projet Tanà-Masoandro estime que la nouvelle ville doit profiter à un grand nombre de population, ce qui rend sa mise en œuvre inévitable. « Il y aura toujours des personnes touchées de près par les projets de mise en place de nouvelles infrastructures à Antananarivo, mais il faut le voir au profit du plus grand nombre », avait-il soutenu.
Le projet glisse sur le terrain politique, avec l’intervention des députés issus du parti Tiako i Madagasikara (TIM) qui s’emparent du dossier. Hanitra Razafimanantsoa réclame « plus de transparence » dans la gestion du projet. « La consultation de la population devait être menée au moment de l’étude d’impact environnemental », lance la parlementaire. « Certes, tout le monde veut avancer vers le développement, mais les rizières représentent une valeur culturelle, un patrimoine qu’est la plaine de Betsimitatatra (…) Mais il faut de la transparence. Qui réalise le projet ? Qui en sont les bénéficiaires et pourquoi le choix d’Ambohitrimanjaka ? », s’interroge-t-elle.
Christine Razanamahasoa, présidente de l’Assemblée nationale, touche également mot sur l’affaire. Elle prône le dialogue « pour trouver un consensus afin d’éviter les rancunes et les troubles », dans son discours d’ouverture de la session parlementaire.














