11 novembre : commémoration de l’armistice de 1918. Cette guerre de 14-18, énième règlement de comptes entre pays européens, devint une «guerre mondiale» par l’enrôlement des supplétifs originaires des colonies africaines, arabes, asiatiques, malgache. Une petite absurdité dans la grande absurdité de cette guerre fut le «suicide des empires», à la bataille de Tannenberg, le 30 août 1914. L’ouverture de ce deuxième front à l’Est devait soulager les Français bousculés par les Allemands à l’Ouest : suprême ironie que des dynasties apparentées, allemande et russe, en soient arrivées à s’annihiler, pour sauver une IIIème République française héritière de la Révolution anti-monarchiste de 1789.
L’archiduc François-Ferdinand assassiné, l’Autriche-Hongrie déclarant la guerre à la Serbie, la Russie se mobilisant par solidarité slave, l’Allemagne faisant cause pangermaniste avec l’Autriche, la France et l’Angleterre entraînées dans la guerre au nom de la «Triple entente» : ce maelström devait être de la science-fiction pour un Malgache de 1914. Pourtant, des soldats malgaches allaient bel et bien mourir pour une vétille qui ne les concernait en rien et survenue dans une ville totalement inconnue : c’était où, Sarajevo ?
Une génération tout juste auparavant, le 30 septembre 1895, nos arrière-grands-parents voyaient, avec effroi, les troupes françaises et leurs tirailleurs sénégalais de sinistre mémoire entrer dans Antananarivo. Le devoir de mémoire associe chaque 11 novembre les autorités malgaches et les représentants français autour du monument aux morts du lac Anosy. Mais, un autre devoir de mémoire, à usage malgacho-malgache, doit rappeler dans les manuels d’histo-géo comme dans les discours officiels, combien le mouvement nationaliste des «Menalamba» avait été réprimé de 1896 à 1901. Et comment, en pleine guerre, le 18 février 1916, s’ouvrait au palais d’Andafiavaratra le procès des nationalistes Vy Vato Sakelika (VVS).
Le pasteur Ravelojaona (1879-1956), acquitté dans le procès VVS, accepta de s’exiler à Marseille et termina la guerre comme adjudant de l’armée française. Ravelojaona, comme l’ensemble des Malgaches envoyés combattre les soldats allemands, ne pouvait pas haïr les dynasties Habsbourg et Hohenzollern qu’il ne connaissait pas. Il ne devait pas non plus aimer particulièrement une IIIème République française qui fit déporter le Premier Ministre Rainilaiarivony, chasser la Reine Ranavalona III, fusiller le prince Ratsimamanga et le ministre Rainandriamampandry, désacraliser la dépouille du Roi Andrianampoinimerina et profaner les «Fitomiandalana» du Rova Antananarivo.
14-18 devait être la «der des der». Mais le «Diktat de Versailles», en juin 1919, accoucha d’une mauvaise paix dont les rancœurs ne seront vidées que par 39-45. On célèbre trop bruyamment les armistices après avoir trop facilement oublié de vertueuses intransigeances : source d’humiliation et aiguillon de la revanche.














