VANF ANTRANONKALA-ONLINE – Chronique, Mode d’emploi

Il semble que la Chronique «Une nuit aux Urgences» (1er août 2019) ait ému jusqu’au Président de l’Ordre des Médecins. Je ne comprends pas pourquoi : l’article n’était pas volontairement désobligeant.

En deuxième année de Droit, j’avais traversé la route qui nous séparait de l’amphi des étudiants en Médecine. C’était là-bas, tout en bas du campus de l’Université d’Antananarivo. Ces gars ont vieilli de leur côté. Je ne pense pas qu’ils soient tous devenus les gynécos qu’ils m’annonçaient avec gourmandise.

Stagiaire à Midi-Madagasikara, en 1992, j’acquis très tôt la certitude que deux professions ne pouvaient pas se marier : le journaliste et la toubib. Entre le bouclage tardif du premier et les tours de garde de la seconde, il n’y aurait que peu de place pour des moments intimes à deux. À part mon indécrottable incapacité à comprendre une discipline scientifique, ma peur maladive des médecins (par auto-suggestion, je suis capable d’aller mieux dès que se profile la «menace» d’un rendez-vous chez mon médecin-traitant), ou mon inguérissable malaise dès l’entrée d’un établissement hospitalier, je ne crois pas avoir jamais médit de la Médecine et de ses praticiens.

Bizarre, contradictoire, paradoxal, qu’affligé de cette psychose, je me sois passionné pour les romans de Robin Cook, des thrillers terrifiants qui se déroulent toujours dans les hôpitaux ou les laboratoires. Lui-même chirurgien en ophtalmologie, Robin Cook décrivait le chirurgien comme le pacha d’une clinique. Si je n’avais pas été un littéraire invétéré, j’aurais aimé être chirurgien.

Mais, la plume de VANF oblige à un mode d’emploi périodique à l’adresse qui ne la connaissent pas depuis 25 ans. La causticité de rigueur m’interdit de rendre ouvertement hommage. C’est entre les lignes, et au second degré qu’il fallait lire cette Chronique «Aux Urgences».

Serment d’Hippocrate ou pas, je plaignais ces internes qui, riches de huit années d’études universitaires, devaient s’occuper de gens qui n’ont même pas la politesse de s’occuper de leur hygiène élémentaire. Et, Monsieur le Président de l’Ordre, aucun reproche ne peut être adressé à ceux qui nous avaient reçu cette nuit-là aux Urgences de HJRA : internes et infirmiers ne peuvent être tenus responsables de la pauvreté structurelle d’un hôpital public.

POST-SCRIPTUM : Par pure coïncidence, avant d’écrire ce «Mode d’emploi», j’avais acheté le Prix Renaudot 2017 : «La disparition de Josef Mengele», par Olivier Guez aux Éditions Grasset & Fasquelle. Trois autres titres résument son parcours : «Médecin à Auschwitz» (Miklos Nyiszli, Julliard, 1961), «Une médecine de mort» (Lise Haddad et Jean-Marc Dreyfus, Vendémiaire, 2014), «Hippocrate aux enfers» (Michel Cymes, Stock, 2015).

Que personne ne voit malice à ce que j’évoque ici «Herr Doktor» qui avait consacré sa thèse de médecine sur «Recherche morphologique raciale sur la section de la mâchoire inférieure de quatre groupes raciaux» et qui l’avait soutenue «Summa cum laude». Avant de diriger 400.000 Juifs vers les chambres à gaz. Quarante ans après la fin de la guerre, la tête du criminel de guerre Mengele valait trois millions quatre cent mille dollars. Exhumé en 1985, son squelette avait été stocké à l’Institut Médico-légal de Sao Paulo (Brésil) avant d’être légué à la médecine brésilienne en 2016.