Une interview est forcément réductrice. De celle de la Française aux origines malgaches, Aurélie Champagne, sur Radio France internationale (30 octobre 2019), je n’aurai retenu que la naïveté d’une famille établie en France, donc un peu de la diaspora malgache, à croire pendant des années que le patronyme «Razafindrakoto» signifie «fils de prince».
La diaspora malgache peut être tout à fait sympathique, mais pas à entretenir ce genre de cliché. Rakoto, ce serait à la rigueur l’aîné. Il est vrai que Radama II, avant son accession au trône en 1861, était familièrement appelé Rakoto ou Rakotondradama pour entretenir la fiction de sa parenté avec le roi Radama (1810-1828) : ce qui était biologiquement impossible parce que ce dernier est mort plus de neuf mois avant la naissance de Rakoto dont seule sa mère, la reine Ranavalona (1828-1861), connaissait exactement le père.
Je n’ai pas encore lu le roman d’Aurélie Champagne, mais le teasing est un condensé éloquent des raccourcis du kit exotique : «ombiasy», «amulettes», «zébu». Heureusement, elle reconnaît dans une autre interview (Le Point, 5 août 2019) avoir «un rapport très distancié, voire fantasmatique, à l’île».
L’île en question, est une très grande île avec son archipel intérieur, à multiples facettes, à coutumes très diverses, à CSP (catégorie socio-professionnelle) tout aussi complexes que dans n’importe quelle autre société d’ici ou de là-bas : selon que l’on soit de la capitale ou de la province, de la ville ou de la campagne, député MDRM à l’Assemblée nationale française ou rebelle dans la forêt de l’Est, universitaire ou analphabète, plutôt bar à bières ou évangéliste dans la brousse…
Je suppose que pour un média international, il serait moins vendeur de parler de Madagascar sur le même mode, «pas d’amalgame, pas de cliché, pas de raccourci», dont on traiterait un sujet sur cette autre île qu’est l’Australie : là-bas, non plus, il n’y a pas que les Aborigènes et leur Uluru (ou Ayers Rock) désormais interdit aux touristes depuis le 26 octobre 2019 ; il n’y a pas non plus que l’équipe des Wallabies, double championne du monde de rugby ; il n’y a pas que les paysages du livre «Les oiseaux se cachent pour mourir» ou Nicole Kidman sur fond d’Outback dans le film «Australia». Entre le bush et Melbourne, c’est à peu près la même année-lumière qu’entre les maquis de Moramanga en mars 1947 et le Sommet 2016 de la Francophonie à Antananarivo.
J’aurai sans doute l’occasion de lire «Zébu Boy» (éditions Toussaint Louverture, août 2019). Et ce serait l’objet d’une autre chronique Antranonkala sur les «pleins pouvoirs littéraires» qu’Aurélie Champagne s’est accordée.
