Je déteste les néologismes juste pour faire moderne. Le mot de «Tsimihorirana», qui-ne-se-refuse-
pas, est recensé au moins depuis 1888, dans le dictionnaire des Jésuites Abinal et Malzac. Celui de
«Makorelina» est avoué, avec tout aussi de réticence, par le Rakibolana de Régis Rajemisa-
Raolison (1985). La version malgache de la Bible, achevée en 1835, se fait encore plus pudique
avec l’ambiguïté du mot «Janga».
«Mpivaro-tena» : en ces temps de coronavirus, les putes, qui refusent de baisser rideau, se plaignent
de manque à gagner. «Cul-boutique» victime de la «distanciation sociale». Chez Gabriel Garcia
Marquez, dans «L’amour au temps du choléra», les bactéries n’étaient pas si mortellement virales :
«six blennoragies, un chancre mou, quatre crêtes-de-coq, six herpès, que ni lui ni aucun homme
n’aurait eu l’idée de mentionner comme des maladies mais au contraire comme des trophées de
guerre».
L’irruption des prostituées dans un journal du 20 heures faillit esquinter mon dictionnaire. Mais, si
l’honneur du lexique est rétabli, le dommage collatéral à l’image de la femme reste entier. En
religion comme en politique, en morale comme dans les sciences sociales, aux beaux-arts voire à
l’économie : la prostitution est le plus vieux débat du monde.
Depuis Isthar, déesse nymphomane de Babylone (XIXème siècle avant J.-C.), les lupanars de
Pompeï (1 er siècle après J.-C.), les courtisanes japonaises «oiran» de l’ère Edo. Le sexe ou l’amour
tarifé, qu’en maintes occasions, et pas que dans «Pretty Woman» (1990), on vit devenir amour tout
court, sans épithète désobligeant.
Sujet vieux comme une Humanité que je n’ai pas le pouvoir de changer. Autant espérer qu’elles
sont des femmes libres qui assument leur choix, ce qui n’absout pas l’État-proxénète de les protéger
de violences supplémentaires. Ce que je pourrais en dire, et davantage encore à en imaginer, ne
racontera jamais suffisamment leurs singulières histoires plurielles.
VANF ANTRANONKALA – ONLINE: Putes singulières plurielles
