Malaise à voir des enfants continuer à se rendre à l’école, en cette fin juillet. Surtout quand certains autres sont en vacances depuis déjà un mois. On évoque une phase transitoire entre deux calendriers scolaires. Les enfants doivent être saturés. Les enseignants non moins fatigués.
Au Collège Saint-Michel, dont les Jésuites ont tenu la chronique, on sait que l’année scolaire 1900 avait débuté le lundi 29 octobre et qu’elle s’était terminée par la distribution des prix le 21 août 1901. Les élèves avaient eu quatre jours de vacances à Noël et quinze à Pâques. À la naissance du Collège, les cours s’étaient étalés du 14 décembre 1888 au 6 novembre 1889. À cette époque où l’enseignement était entièrement organisé par les différentes missions (London Missionary Society, anglicane, catholique, norvégienne), la rentrée au Collège jésuite se faisait régulièrement en novembre-décembre et les grandes vacances intervenaient en octobre de l’année suivante.
Grâce à l’ONG Aide-et-Action, j’avais découvert la cruauté du quotidien scolaire de nombreux enfants dans le pays profond. Il y a toute une chaîne de souffrances autour de l’école : des heures à pied pour y aller, le ventre vide très souvent, si bien que la cantine du midi devient au moins une raison de fréquenter l’école. Ce n’est pas une exclusivité malgache quand on voit l’histoire de ce gamin amérindien, de l’ethnie tarahumara au Mexique, dans le documentaire «Chemins d’école, chemins de tous les dangers». Au bout de six heures de marche solitaire dans la sierra pour rejoindre son école-internat, il confie pauvrement : «j’aime bien l’école : là-bas, il y a toujours à manger».
Online, on pourra toujours retrouver l’émission «Les chemins de l’école» : à l’origine, un long métrage de 77 minutes, réalisé par Pacal Plisson et Marie-Claire Javoy, sorti en salle le 25 septembre 2013. Sans stars ni paillettes, ce documentaire a attiré près de 1,4 million spectateurs. Et en 2014, il reçut le César du meilleur documentaire. L’un de ses trois épisodes raconte l’histoire de Olivier (14 ans) et Francklyn (13 ans), deux enfants dans le Sud-Ouest de Madagascar.
En charrette à boeufs, en taxi-brousse, mais surtout en tongs et à pied, les deux gosses cheminent vers la maison que leurs parents leur ont louée pour une semaine de scolarité. En chemin, en guise de coupe-faim, ils font la chasse aux sauterelles qu’ils dégustent grillées au feu de bois. Ils achètent au petit détail le riz, l’huile et le sel. Une provision de maïs sec, confiée par les parents, et du riz blanc sans grand condiment, ne doivent pas constituer un régime alimentaire idéal d’apport protéinique et vitaminique. Le soir, tandis que le cadet somnole déjà, l’aîné se fait philosophe : «non, ce n’est pas encore l’heure, j’aime tellement admirer le crépuscule» (cf. «Les pires chemins qui mènent à l’école», Chronique de VANF, L’Express de Madagascar, 21 avril 2016).
Aborder l’éducation, c’est entrer dans la jungle des acronymes, dont la liste fait quatre longues pages en tête du Plan sectoriel de l’éducation (2018-2022). Leur intitulé fleure bon l’assistance internationale et ce qu’on lui suppose de prêt-à-porter au détriment de spécificités locales, par exemple climatiques. Derrière un jargon ésotérique (AQUEM : amélioration de la qualité de l’enseignement à Madagascar, ARPEM : appui à la redéfinition de la politique éducative à Madagascar, COOCM : cadre d’orientation et d’organisation du curriculum malagasy, CORCES : cadre d’orientation de la réforme des curricula de l’enseignement secondaire, PIE : plan intérimaire pour l’éducation…), on y parle d’activités préscolaires communautaires, d’éducation fondamentale, d’enseignement post-fondamental général, d’action scolaire d’appoint, des acquis de l’expérience (à valider), des métiers de base (à apprendre), de transition vers la vie active (à enquêter)…
En tant que parents, citoyens, humains, on souhaite juste que ces études, analyses et réflexions successives ne fassent pas des enfants malgaches les cobayes d’un laboratoire permanent. Il est déjà suffisamment terrible d’entendre parler d’une «génération sacrifiée» sur les malentendus, les errements idéologiques, les hésitations, les revirements, les improvisations, de la malgachisation.
Personne n’aime que les enfants pataugent sous la pluie et dans la boue pour se rendre à l’école, pendant l’été austral. Personne n’aime davantage que les enfants frissonnent dans des salles de classe ouvertes à tous les courants d’air, ce qui est encore trop souvent le lot dans notre pays sous-développé, pendant l’hiver austral. Veiller à l’intérêt du plus grand nombre qui n’auront pas les moyens de dépasser l’horizon Madagascar. Ne pas snober pour autant les projections internationales d’autres parents tout aussi soucieux, tout aussi aimants, de leurs enfants et de leur avenir. Aucune solution ne fera l’unanimité, mais rien ne doit insulter le bon sens.














