Jeudi 15 octobre 1896, 8 heures du matin : le prince Ratsimamanga, un Andriana, et le ministre Rainandriamampandry, un Hova, sont fusillés. Arrivé à Antananarivo le 16 septembre précédent, le général Gallieni marquait son territoire par une brutalité sans précédent. Mais, même après l’exil de la Reine Ranavalona III (1er mars 1897) et la suppression de la féodalité des Tompomenakely (17 avril 1897), le Gouverneur Général continuera de soupçonner le «Vieux Parti Hova» de comploter avec les «Anglais».
Si la victoire des Éthiopiens sur les Italiens, à la bataille d’Adoua (mars 1896), fut de peu de retentissement à Madagascar, Gallieni craignait un syndrome Fachoda, récidive de l’humiliation française de mars 1899 au Soudan : cette fois, la marine britannique, réputée la meilleure du monde, débarquerait à Madagascar et en chasserait les Français. Cette hypothèse britannique n’aura lieu qu’en mai 1942, trente-sept ans, presque jour pour jour, après le départ définitif de Gallieni…
En 1900, Gallieni dispose de 15.000 hommes dont 6.000 affectés à la seule protection de Diégo-Suarez contre une éventuelle attaque britannique ou de leurs alliés japonais. Gallieni s’en plaint dans une lettre du 30 décembre 1904 : «notre île, réellement trop grande avec ses cinq mille kilomètres de côtes et une division navale à peu près impuissante (…) garder un pays plus grand que la France avec deux mille soldats européens et huit mille indigènes d’une fidélité douteuse, ce n’est pas un problème facile» (Général Jean Charbonneau, «Gallieni à Madagascar», Nouvelles éditions latines, 1950, p.113).
Le 11 octobre 1904, l’escadre russe part de la Baltique. En route vers son funeste destin dans le Pacifique, l’escadre transite à Nosy-Be, possession de la France alliée de la Russie. L’administration coloniale française craint la contamination subversive d’espions japonais infiltrés dans l’île. Madagascar n’était déjà plus tout à fait coupé du reste du monde et Gallieni accusait les Merina de sympathie pour les «Jaunes» et de suivre attentivement les péripéties de la guerre russo-japonaise commencée en février 1904.
Le «miaramila» n’est définitivement pas un samouraï. Du 14 janvier au 30 septembre 1895, de Majunga à Antananarivo, en passant par Maevatanana (8 juin) et Andriba (21 août), le corps expéditionnaire français n’avait eu à combattre que le général «Tazo» et ses milliers de moustiques. Majunga à peine défendu. Aucune perte à déplorer pour la prise de Maevatanàna-Suberbieville. Aucun combat à Andriba malgré la supercherie du «tsy misy mafy toy ny tao Andriba» (Manassé Esoavelomandroso, «Le mythe d’Andriba», Omaly sy Anio, n°1-2, 1975, pp.43-73).
Gallieni lui-même a tenu le compte des pertes pendant les opérations de la pacification de l’Imerina, d’octobre 1896 à juin 1897 : tués à l’ennemi, blessés mortellement, noyés : 2 officiers et 60 hommes de troupe, dont 24 Européens et 36 Sénégalais ou Malgaches ; Blessés : 5 officiers et 191 hommes de troupe, dont 79 Européens et 112 Sénégalais ou Malgaches ; Morts de maladie : 7 officiers et 307 hommes de troupe, dont 126 Européens et 181 Sénégalais ou Malgaches («Neuf ans à Madagascar», Hachette, 1908, p.46, note 1)… Les Français déplorèrent donc plus de morts lors de la pacification que lors de la «guerre»…
Le 2 juin 1897, à Ankazobe, Rabezavana, se rend au chef d’escadron Lyautey. Le chef rebelle, à cheval, se présente à la tête de 500 hommes qui jettent en tas leurs fusils à tir rapide avant de se prosterner en signe de soumission. De l’aveu même de Lyautey : «qui nous eussent donné bien du fil à retordre s’ils avaient encore eu de quoi manger»…














