La gueule de bois survient au lendemain de fêtes bien arrosées. Avec les symptômes d’un mal-être général, mais heureusement passager. Les Malgaches, après un petit mois à y croire, ont-ils la migraine après cette élimination face à la Tunisie ?
Tous les superlatifs avaient été convoqués. La moindre critique décrétée taboue. L’heure était à la ferveur, le moment à la communion, les cœurs à l’adoration. L’espace de vingt jours (22 juin-11 juillet), le temps de disputer cinq matches, l’équipe nationale de football avait été élevée au rang de dieu : tee-shirts, casquettes, porte-clés, étaient proposés partout comme autant d’icônes de l’orthodoxie baréa-enne.
Quelque chose s’était produit dont nous ne savons toujours pas quoi. Ni comment. Ç’avait été réel, et pourtant si terriblement improbable. Gommée la diversité des origines ethniques, oubliée la disparité des conditions sociales, transcendé le clivage des générations. Cela a un nom : un Miracle. Alléluia, Hosanna, Amen. Alléluia ! Hosanna ! Amen !
Le retour sur Terre ne fut pas trop brutale. Après la défaite, des milliers de gens se sont encore spontanément retrouvés pour célébrer ensemble le parcours des «Barea», même si le reste du monde retiendra plus simplement Madagascar : Madagascar qui joue au football, Madagascar qui ne joue pas trop mal au sport le plus populaire du monde.
Les tee-shirts des dernières campagnes électorales, présidentielle ou législative, ont disparu, supplanté par des maillots plus ou moins authentiques aux trois couleurs du drapeau national. Au lendemain de la qualification pour les quarts de finale, j’avais même croisé un gars qui s’était fait faire une combinaison alternant le Blanc, le Rouge, le Vert. Sur son passage, les gens saluaient joyeusement «Alefa Barea», «Alefa Madagasikara». Ce jour-là, d’ailleurs, un lundi, pas mal de monde s’était donné le mot pour s’afficher en blanc, ou avec une touche de rouge, ou une tâche de vert.
Davantage encore que lors du 26 juin, le drapeau national était arboré partout. Ce qui me rassure un peu. Je me suis toujours demandé si le «Alefa Barea» signifiait également «Alefa Madagasikara»…
