Dans ces papiers fins en soie noir qu’il fait flotter au milieu d’un espace de 250 mètres carrés, ce sont des souvenirs de Madagascar que Joël Andrianomearisoa raconte. C’est sa Grande île que l’artiste plasticien emmène à Venise, cette ville italienne qui, tous les deux ans, à l’occasion d’une exposition internationale d’art contemporain, reçoit les plus grands artistes de divers pays. Une Grande île qui l’a vu naître et qu’il dit vouloir oublier un peu, à travers son œuvre, pour mieux s’en souvenir. « I have forgotten the night ». « J’ai oublié la nuit » est d’ailleurs le titre qu’il a donné à cette œuvre qui peut, certes, dérouter, mais qui au final parle à ceux qui viennent la visiter et l’apprécier.
Pour cette 58ème édition de la Biennale de Venise qui se tiendra jusqu’au 24 novembre 2019, « Venise reçoit pour la première fois Madagascar », tient à souligner Joël Andrianomearisoa. Mais c’est aussi « Joël Andrianomearisoa qui a réussi à faire son entrée dans la cour des grands », poursuit Rina Ralay Ranaivo, le commissaire du pavillon malgache. En plongeant les visiteurs de dans ses nuits, l’artiste a emmené Madagascar dans la lumière. Le président de la manifestation, l’italien Paolo Baratta, qui est venu au pavillon de Madagascar n’a d’ailleurs pas manqué d’en féliciter l’artiste.
Pour ce premier pavillon malgache, installé depuis le 9 mai, Joël Andrianomearisoa a mis la barre très haute. Dans une exposition qui, à l’entendre, « n’est pas une foire comme les autres où l’on vient avec sa culture, mais avec son talent », il a réussi à convaincre. Sur cette plateforme artistique qui est « loin du folklore identitaire basé sur le stéréotype du terme culture », il a pu toucher un grand nombre de gens et à s’ouvrir au monde.
Le défi sera donc de laisser Madagascar continuer à briller dans cette lumière où l’artiste l’a fait entrer. Pour cette première participation à l’exposition internationale d’art contemporain de Venise dans laquelle il s’est impliqué corps et âme, Joël Andrianomearisoa a surtout fait jouer son réseau professionnel, loin du circuit et du système de financement traditionnel des projets culturels à Madagascar. Les fonds qui lui ont permis d’emmener Madagascar à Venise étaient uniquement privés, malgaches et internationaux.
Quelle sera la suite, aurait-on alors tendance à se demander. « Nada, rien, aucune perspective pour l’instant », si l’on décortique bien les explications de Rina Ralay Ranaivo. À deux ans de la 59ème édition, c’est encore le flou sur la question financière et artistique. Joël Andrianomearisoa a ouvert une porte, mais comme il ne peut plus représenter Madagascar, un autre artiste devrait se mettre à la hauteur pour la garder ouverte.














