Antananarivo, 13 Décembre, 19h58 – Avec Joël Andrianomearisoa, l’écriture s’érige en sculpture. “Efa any ve ianao sa mbola aty”? (Es-tu déjà là-bas ou encore ici)? Avec cette sculpture faite d’une interrogation, l’artiste questionne sur le rêve d’un outre-mer meilleur. « Faut-il vraiment partir vivre ailleurs pour réussir? » se demande le communiqué de presse de Hakanto Contemporary. Un questionnement pertinent dans un pays où Andafy, l’Ailleurs, ou l’autre rive, sont vus comme un eldorado. La place choisie pour exposer l’oeuvre participe à rendre son sens palpable: un aéroport où l’on part vers cet ailleurs mythique.
L’ouvrage en métal trône sur le hall d’entrée du Ravinala Aiports. Sous les mains du renommé plasticien, ces mots malagaches, nostalgiques et attachants, se matérialisent. La délicatesse des propos tranchent avec le support matériel. La facture est remarquable, l’œuvre parle de son créateur sans être interrogée. Toujours le même châssis sombre, les mêmes formes géométriques, les mêmes lettres en capital, le même métal, qui donnent un aspect industriel, presque brut à l’ouvrage. Le contraste est saisissant.
Visible sur les lieux depuis longtemps, la sculpture n’a été inaugurée que le 9 Décembre. Le prêt a été consenti par le Fonds de dotation Hasnaine Yavarhoussein, en écho à deux autres œuvres, formant ainsi une tryptique, où les mots tiennent une place primordiale. La première se trouve à la galerie Alhambra et la deuxième devant l’Hotel de Ville à Analakely. « Une quatrième est prévue être installée dans une rizière », confie l’artiste en marge de la cérémonie.
Les trois oeuvres faites de mots et de metal ne font pas toujours l’unanimité. Les reactions ont été houleuses lors de la sortie de la deuxième de la série, dévoilée sur le parvis de l’Hôtel de Ville d’Antananarivo, et invitant les Tananariviens et les visiteurs de la capitale à oser rêver. “Eto isika dia manandratra ny nofin’izao tontolo izao” (Ici, nous portons tous les rêves du monde), appelle l’oeuvre.
Célèbre à l’International, Joël Andrianomearisoa est connu pour avoir collaboré avec la marque Dior. Avec le soutien du Fonds HY, il ouvre le premier pavillon malgache à la célèbre Biennale de Venise, et devient ambassadeur de l’art contemporain de la Grande Île à travers le monde. Les expositions s’enchaînent de Paris à Dubaï. La collaboration avec le Fonds HY se poursuit et c’est ainsi que nait la galerie Hakanto Contemporary dont il est le directeur artistique et où se succèdent les oeuvres et les artistes.














