L’accès à l’eau potable demeure l’un des grands défis de Madagascar. À Antananarivo, des travaux de grande ampleur sont engagés pour réhabiliter des infrastructures centenaires et renforcer la distribution. Le ministre de l’Eau, de l’assainissement et de l’hygiène, Lalaina Andrianamelasoa, présente les projets en cours pour améliorer l’accès à l’eau potable, aussi bien dans la capitale que dans le Sud et dans les autres grandes villes du pays.
Où en sommes-nous aujourd’hui dans l’amélioration de l’accès des Malgaches à l’eau potable ?
Les travaux se poursuivent au quotidien. Nous savons qu’il reste encore beaucoup de défis à relever, ce qui exige de travailler dur. Trois grands défis m’ont été fixés. Le premier, c’est Antananarivo, évidemment, puisque c’est la capitale de Madagascar. Le deuxième, c’est tout le Sud du pays, car la question de l’eau y est encore un énorme défi. Et le troisième concerne toutes les autres régions de Madagascar.
Si l’on se réfère à l’année écoulée, notre objectif est de dynamiser l’ensemble des travaux et des réhabilitations. On peut les classer en deux catégories. Par exemple, dans toutes les grandes villes, à Antananarivo ou ailleurs, des chantiers sont déjà en cours. À Mandroseza, un vaste projet de réhabilitation est en cours. On peut le constater ensemble avec vous, journalistes. Il y a aussi des travaux à Ampiriky ou encore à Laniera, qui alimente Ivato.
Nous avons traversé une crise lors de la période de sécheresse, et nous devons aussi y faire face. Nous sommes actuellement dans une phase de chantiers massifs, que ce soit à Antananarivo, dans le Sud, ou dans plusieurs grandes villes de Madagascar. À Antsiranana, nous avons déjà lancé des appels d’offres; à Mahajanga, à Fianarantsoa également. À Tsiroanomandidy, nous en sommes à la finalisation. Bref, nous sommes véritablement dans l’action.
À Antananarivo, les habitants devront-ils attendre longtemps avant que l’approvisionnement en eau revienne à la normale?
La notion de temps est relative. Les infrastructures actuelles datent de 1927. Pour vous donner un exemple, j’ai moi-même vécu plus de dix ans à Anjanahary sans avoir d’eau courante. On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs. Pour nous, qui travaillons dans le secteur de l’eau, la gestion de l’eau obéit à des procédures spécifiques. L’année dernière, nous avons connu une crise difficile à maîtriser. Cette année, nous nous préparons à affronter à la fois la sécheresse et le remplacement des conduites, ainsi que les travaux de Mandroseza. Cela provoquera forcément des perturbations dans la distribution, et il faut s’y préparer sérieusement.
Ce n’est donc pas que les travaux prennent du temps en eux-mêmes, mais remplacer 64 km de canalisations est une tâche complexe : cela peut traverser des maisons, des quartiers, ou nécessite de casser des routes. On ne peut pas tout chambouler en un mois dans toute la capitale. C’est pourquoi il faut du temps.
Lorsqu’on remplace ces conduites, lorsqu’on réhabilite les stations de traitement et les surpresseurs, l’approvisionnement en eau est inévitablement perturbé. Les chantiers actuels causent déjà des désagréments. C’est pour cela que nous renforçons parallèlement le transport d’eau pour la population, afin que les habitants ne soient pas privés de tout accès sous prétexte que des travaux sont en cours.
Existe-t-il déjà un calendrier pour ces travaux ? Pouvez-vous nous donner des précisions sur les réalisations attendues ?
Premièrement, le financement pour les travaux d’Antananarivo est déjà intégralement bouclé. Il ne s’agit plus de rechercher des fonds, mais uniquement de réaliser les chantiers. Deuxièmement, voici les étapes prévues. Nous sommes dans une situation d’urgence. Nous avons déjà installé des groupes électrogènes de secours pour stabiliser la production existante. Il y a une dizaine de petites unités de traitement. À Mandroseza, nous avons installé un groupe électrogène, également à Vontovorona. Il en est de même au niveau des stations et surpresseurs. Nous avons ajouté des camions-citernes pour assurer la distribution d’eau manquante, ainsi que des forages autonomes qui approvisionnent directement la population. Cela reste limité, mais c’est vital dans l’urgence.
Notre deuxième action concerne la réhabilitation de tous les sites. Le premier, c’est Mandroseza, où les travaux se poursuivront pendant environ deux ans. La deuxième concerne toutes les stations de surpression, qui permettent d’acheminer l’eau. Lorsqu’elles tombent en panne, l’eau n’arrive plus jusque dans les quartiers. Ces installations sont anciennes, elles datent des années 1960-1970. Nous allons donc remplacer toutes les pompes et y installer des groupes électrogènes de secours afin d’assurer leur fonctionnement. Tous ces chantiers sont déjà en cours. La troisième action porte sur les conduites d’eau. Les appels d’offres sont déjà en cours pour le remplacement de 64 km de tuyaux. Comme je l’ai dit l’année dernière, ces travaux nécessitent de la préparation car ils passent parfois sous des maisons, des quartiers ou des routes. Il faudra donc les réhabiliter et procéder à des indemnisations. Une fois les appels d’offres terminés, tous ces travaux pourront démarrer.
Qu’en est-il des travaux de construction des nouvelles stations de production?
Par ailleurs, concernant Amoronankona, nous commencerons en septembre. Les travaux vont démarrer pour la grande station de production d’Amoronankona. Il y a également la nouvelle station de production d’Ambohitrimanjaka. Le projet est en cours mais certains aspects sociaux doivent encore être résolus. Tout cela fait partie des réalités lorsqu’il est question d’eau. Ce n’est pas parce qu’on veut installer une infrastructure d’eau que la population accepte automatiquement. Il faut nécessairement mener des négociations, car si le propriétaire du terrain refuse, on ne peut pas dire que l’eau sera prise ailleurs : ce n’est pas comme une maison que l’on peut déplacer. L’eau n’est disponible qu’à un endroit précis, et c’est là qu’il faut la capter. Par conséquent, toutes les démarches de négociation sont indispensables pour pouvoir l’exploiter.
Voici le calendrier prévu. D’ici un an, c’est-à-dire avant la saison sèche de 2026, nous devrions avoir stabilisé entre 65 % et 70 % de l’approvisionnement en eau à Antananarivo. Actuellement, un peu plus de 40 % de la population a accès à l’eau, mais de manière partielle, pas encore tout le monde. À l’étiage de 2027, nous visons une couverture de 95 % à 96 % de l’approvisionnement en eau dans la capitale. Je ne dis pas 100 %, car il y aura toujours des variations et des réparations quotidiennes à effectuer.
Où en sont les travaux dans le Sud actuellement ?
Actuellement, le pipeline Mandrare-Sampona vient d’être achevé et attend l’inauguration par le Président. Il est déjà opérationnel. Les localités de Maroalimainty et Maroalimpoty, qui n’avaient jamais eu d’eau auparavant, bénéficient désormais d’un approvisionnement complet. Les habitants disposent d’eau potable et continue. Sampona est également alimenté en eau.
Par ailleurs, le renforcement de l’approvisionnement à Amboasary est déjà achevé. Le réseau d’Ambovombe a été rénové, mais il reste à finaliser l’alimentation en eau. Nous avons mis en place environ 400 forages multi-usages (Multiple Use System – MUSE), dont 70 sont déjà réalisés. Dans les zones non desservies par le pipeline, des forages de proximité sont également installés, capables de fournir de l’eau potable et de l’eau pour l’irrigation. À Efaho, les travaux avancent. En raison de contraintes liées au terrain, aux tracés ainsi qu’à la tradition locale, il faut toujours faire preuve de prudence. Malgré cela, le réservoir de captage est déjà construit. il y a déjà un réservoir avec une capacité de 1 000 m³. Nous allons ensuite réaliser le captage et la station de traitement, installer un pipeline de 70 km et le mettre en service.
La Banque mondiale a récemment approuvé la réhabilitation du pipeline allant d’Ampotaka à Tsihombe, qui sera prolongé jusqu’à Faux Cap. Environ 50 localités le long de ce pipeline, jusque-là non desservies, bénéficieront bientôt d’un approvisionnement en eau. Le financement a déjà été attribué et les études se poursuivent jusqu’à la fin de l’année. Le chantier débutera à partir de 2026, sur un an et demi environ, et toute la zone jusqu’à Faux Cap sera alimentée en eau. Ainsi, l’ensemble du Sud est désormais intégré dans le programme et bénéficie de ces interventions.
Les ressources en eau elles-mêmes deviennent problématiques actuellement avec des sécheresses prolongées et une baisse des pluies. Qu’est ce qu’on peut faire ?
Lorsque l’on ne peut pas contrôler les précipitations, il faut gérer l’eau qui atteint le sol. C’est aussi simple que cela. Actuellement, nous avons environ une dizaine de projets de bassin de rétention d’eau dans la région Est. C’est d’ailleurs ce sujet qui a été discuté en Afrique du Sud la semaine dernière : comment stocker l’eau dans cette région. Dans le bassin en amont de l’Ikopa, à Antananarivo, trois ou quatre sites ont déjà été identifiés, à l’image du projet Tsiazompaniry. Des études sont en cours à leur sujet. Dans le Sud, il y a également le projet Havelo-Mandrare. À Tsivory, l’eau sera retenue dans un barrage au niveau d’Andabolava. Ce barrage couvrant environ 66 hectares et long d’un kilomètre, qui alimentera un pipeline. C’est exactement l’exemple de la gestion de l’eau : même si l’on ne peut pas maîtriser la pluie, lorsque l’eau s’écoule sur le sol, il faut la retenir. Voilà la méthode générale de gestion de l’eau.














