Le Pape François pointe du doigt la corruption et la déforestation, deux maux qui gangrènent le pays et qui risquent d’hypothéquer la lutte contre la pauvreté et le développement « authentique » et « intégral » de la Grande île.
Les propos ont été attendus. Le Pape François n’a pas surpris sur les thèmes abordés. Mais il n’y est pas allé de main morte pour s’adresser à tous les segments de la société, samedi à Iavoloha. Dans un discours engagé, prononcé devant les autorités politiques et administratives du pays, ainsi que la société civile et quelques représentants du secteur privé et la communauté internationale, il en appelle à un développement juste, inclusif, et écologiquement responsable.
« Je vous encourage à lutter avec force et détermination contre toutes les formes endémiques de corruption et de spéculation », exhorte le Souverain Pontife. Ce sont des fléaux qui « augmentent la disparité sociale », poursuit-il. Il invite également ses interlocuteurs « à affronter les situations de grande précarité et d’exclusion qui produisent toujours des conditions de pauvreté inhumaine ».
Le Saint Père s’est aussi attardé sur l’un de ses thèmes favoris, à savoir la protection de l’environnement. « Les forêts qui restent sont menacées par les feux de forêt, le braconnage, la coupe effrénée de bois précieux. La biodiversité végétale et animale est en danger à cause de la contrebande et des exportations illégales », dénonce le Pape François. Il soulève une « richesse (…) particulièrement menacée par la déforestation excessive au profit de quelques-uns », pouvant déboucher sur une « dégradation [qui] compromet l’avenir du pays et de notre Maison commune », pour évoquer la planète terre.
Un message est particulièrement adressé aux autorités politiques pour un développement «authentique », « intégral » et inclusif, avec une attention particulière pour les pauvres. « La fonction et la responsabilité politique constituent un défi permanent pour ceux qui ont la mission de servir et de protéger leurs concitoyens, en particulier les plus fragiles, et de favoriser les conditions d’un développement digne et juste », soutient le « Pape des pauvres ». Un développement qui ne se réduit pas à la simple croissance économique.
Pour le Pape François, la protection de l’environnement va de pair avec le développement humain. Il milite pour « des solutions intégrales qui prennent en compte les interactions des systèmes naturels entre eux et avec les systèmes sociaux. [Car] Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale ». Le Souverain Pontife évoque la place importante que joue la société civile, du dialogue inclusif, pour mener le combat. «Nous devons accorder une attention et un respect particuliers à la société civile locale, au peuple local. En soutenant ses initiatives et ses actions, la voix de ceux qui n’ont pas de voix sera rendue plus audible, tout comme les diverses harmonies, même contradictoires, d’une communauté nationale qui cherche son unité », lance-t-il. « Nous voulons imiter l’attitude de dialogue de votre concitoyenne, la bienheureuse Victoire Rasoamanarivo », rappelle-t-il.
Développement humain sans exclusion
Le Saint Père assure la « volonté et la disponibilité de l’Église catholique à Madagascar de contribuer » à travailler sur les thèmes abordés. Pour ce faire, il prône un « dialogue permanent avec les chrétiens des autres confessions, avec les membres des différentes religions et avec tous les acteurs de la société civile (…) en favorisant le développement humain intégral, afin que personne ne soit exclu ».
Devant les forces vives de la Nation, le Souverain Pontife exhorte les Malgaches à exploiter l’une des « valeurs fondamentales de la culture malgache » à savoir le fihavanana, pour mettre le pays sur le rail du développement. Une valeur qui « évoque l’esprit de partage, de l’entraide et de solidarité », consacrée dans la Constitution. « Cela comprend également l’importance des liens familiaux, de l’amitié, et de la bienveillance entre les hommes et envers la nature » et qui devrait permettre aux Malgaches de « résister avec courage et abnégation aux multiples contrariétés et aux difficultés ».
Plus surprenant, le Saint Père lance un message à l’endroit de la communauté internationale. Il reconnaît l’aide apportée par les organisations internationales en faveur de la Grande île. Mais il voit quand même un « risque » pouvant accompagner cette « ouverture (…) qui méprise, enterre et supprime le patrimoine culturel de chaque peuple ». « Nous ferons en sorte que l’aide fournie par la communauté internationale ne soit pas la seule garantie du développement du pays ; ce sera le peuple lui-même qui se prendra en charge progressivement, en devenant l’artisan de son propre destin », argue-t-il.
La plupart des éléments développés par le Pape François ne sont pas nouveau par rapport à ses engagements. Mais il adapte son discours aux réalités locales pour ne citer que le cas de la gouvernance, de la corruption et de la protection de l’environnement. Il aborde des sujets d’actualité dans un pays où 44 % des forêts naturelles ont disparu ces 60 dernières années et où le rythme de déforestation s’accélère depuis 2005, mettant en péril la biodiversité selon une étude publiée par le Biological Conservation.
En matière de corruption, Madagascar est classée 152e sur les 180 pays enquêtés par Transparency international initiative Madagascar (TI-IM) en 2018. La Grande île obtient un score de 25/100 alors que Danemark, classé comme le moins corrompu, est crédité de 88/100.
Durant sa rencontre avec les évêques, le Pape François exhorte ces derniers à la collaboration entre l’Église et l’État tout en faisant attention à un éventuel « danger de connivence », samedi après-midi. En outre, il a rappelé leur devoir d’écoute, et à « ne pas abandonner » malgré les difficultés. L’acte de plantation d’un baobab dans l’enceinte du palais d’Iavoloha pourrait symboliser cette volonté de persévérer pour l’avenir et rappeler les messages du discours prononcé dans l’enceinte du premier centre de décision du pays.













