Antananarivo, 27 Juin, 8h55 – Une nouvelle taxe à appliquer. Les intérêts sur les crédits bancaires seront officiellement soumis à la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au taux de 20% à partir du 1er juillet. Cette disposition prévue par la Loi de finances 2025 s’appliquera de manière rétroactive à tous les crédits décaissés depuis le 1er janvier, précise un communiqué partagé jeudi par la BOA Madagascar.
Avec cette nouvelle disposition, les mensualités des crédits contractés seront alourdies. Le client qui a effectué un emprunt de 10 millions d’ariary avec un taux de 10%, par exemple, devrait payer, en plus des 1 million d’ariary d’intérêt, 200 000 ariary de TVA, le montant qui correspond aux 20% de TVA. Ce qui l’amènerait, au final, à rembourser 11 200 000 ariary au total
Du côté des emprunteurs et des acteurs de la microfinance, les inquiétudes sont palpables. “Nos clients risquent de ne plus pouvoir suivre. Beaucoup renonceront à emprunter, ce qui freinera le développement économique de leurs activités”, craint un agent de recouvrement dans une agence de microfinance dans l’Avaradrano.
“Ajouter une TVA sur les intérêts revient à taxer l’accès même au développement”, dénonce, de son côté, une plateforme de jeunes entrepreneurs. “Cela signifie des prêts plus coûteux, moins de financements accessibles, et une bascule massive vers le crédit informel, plus risqué et non régulé”, poursuit-elle dans une lettre ouverte.
La plateforme évoque des “risques économiques et financiers majeurs”, qui vont du “frein à l’investissement productif” à la “régression financière”, en passant par une “exclusion renforcée” et une “inflation indirecte”. “Les très petites, petites et moyennes entreprises, principaux pourvoyeurs d’emplois verront leurs projets compromis”, s’inquiète-t-elle.
Elle parle également d’une “perte d’attractivité du secteur bancaire formel alors même qu’on devrait en encourager l’utilisation”. Et comme “le coût du crédit est répercuté, cela affectera les prix, la consommation et l’équilibre des ménages”, poursuit-elle. “Taxer les intérêts bancaires, c’est taxer l’espoir”, ajoute-t-elle alors.
Les banques, elles, devront se préparer à jongler entre conformité fiscale et fidélisation de leur clientèle. L’Association professionnelle des banques (APB), invite les emprunteurs à se rapprocher de leurs établissements pour mieux comprendre les implications de cette mesure. Elle affirme rester aux côtés de ses clients et mène actuellement des discussions avec le Groupement des entreprises de Madagascar (GEM) et le Groupement des entrepreneurs malgaches (Fivmpama) afin de mettre en place des solutions d’accompagnement.
La Banque centrale qui se positionne pour faire le lien entre le gouvernement et les acteurs du secteur du crédit indique “apporter son soutien afin de déterminer comment cette disposition devrait être mise en oeuvre”. Aivo Andrianarivelo, gouverneur de la Banky Foiben’i Madagasikara, avait indiqué mardi, en marge du Forum d’été du Club des dirigeants des banques et établissements financiers d’Afrique “sa mise en oeuvre devait faire l’objet de discussions avec l’ensemble des parties prenantes” dans la mesure où “les taux d’intérêt des prêts avaient déjà été fixés avant la promulgation de cette loi”.














