Un mal récurrent. Depuis un certain temps, Antananarivo, pourtant capitale de Madagascar, souffre de l’insuffisance des bouches d’incendie et de poteaux d’incendie. Ce qui limite la marge des manœuvres des sapeurs-pompiers dans leur travail, avec comme corollaire le risque d’accroissement des dégâts.
L’incendie à Ambodivona, survenu le 7 Mai dans la soirée, en est l’illustration. Le feu a avalé près de 80 toits en un rien de temps. Au total, la perte serait estimée à à peu près 1,2 milliard d’ariary, mais le risque humain était bien plus élevé avec une station d’essence à proximité immédiate. Dans une certaine mesure, le déroulement du drame ressemble à celui d’autres incendies. Le point d’eau le plus proche étant condamné, les habitants du quartier ont eu du mal à éteindre le feu. Les camions des sapeurs-pompiers se sont succédé sur les lieux pour tenter de maîtriser l’incendie, mais à défaut de bouche d’incendie, les soldats du feu éprouvent quelques difficultés à assurer leur mission.
Bouches d’incendie et poteaux défaillants, sites d’intervention difficiles d’accès à cause des constructions qui ne suivent pas les normes, sont autant de facteurs qui ralentissent l’intervention des soldats du feu. « La raison pour laquelle la population a du mal à trouver un point d’eau en cas d’incendie, c’est que celui-ci se trouve parfois enterré sous les habitations même », déplore même le Lieutenant Yves Randimbison, du service des sapeurs-pompiers. Tous ces facteurs expliquent, du moins en partie, les importants dégâts liés aux incendies qui se sont produits dans la capitale ces dernières années.
Les chiffres officieux qui circulent donnent un ordre d’idée de la situation qui prévaut dans la ville des mille. Ceux-ci font état d’un peu plus de 200 bouches d’incendie installées au milieu des années 70 dont la moitié seulement serait encore fonctionnelle. Il faut ajouter à cela la croissance démographique et le développement, non planifié, des quartiers d’habitation. Selon un technicien en travaux publics, une bouche d’incendie devrait pourtant se trouver à une distance de 100 mètres à la ronde de la zone de couverture. « Le problème est que ces infrastructures sont vétustes et ne sont pas renouvelées », déplore-t-il.
Au milieu des années 2000, l’ancien Premier ministre Charles Rabemananjara avait soulevé la problématique liée à l’insuffisance des bouches d’incendie à Antananarivo. « À ce moment-là, il y avait un projet de décentralisation des casernes des sapeurs-pompiers. Plusieurs sites avaient été identifiés et certaines constructions avaient été réalisées. C’était la première étape du programme, préalable à l’installation de nouveaux équipements. Mais l’initiative avait été stoppée par la crise politique de 2009 », témoigne Guy Rivoniaina Randrianarisoa, ancien, puis actuel secrétaire général à la Commune urbaine d’Antananarivo (CUA). Depuis, il n’y a plus rien.
Outre les infrastructures, l’éducation de la population constitue également un volet important dans la sécurisation de la ville en matière d’incendie. En début d’année, la CUA a entrepris une campagne d’assainissement de la capitale, en démolissant les cases en bois, construites en grande majorité de manière illicite dans certains quartiers de la ville. « Pour éviter ce genre d’incendie [d’Ambodivona], il est important que toutes les constructions soient réglementaires, et que chaque ménage ait un extincteur », lance Mamy Andriamasinoro, responsable auprès du service des réponses aux urgences au sein du Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC). Il avoue cependant que l’entreprise n’est pas facile à mettre en œuvre.














