Fortune, traduction française de Harena, est une jeune femme brisée par la mort de sa mère, victime de la corruption au sein de la justice malgache. Animée par un désir de vengeance, elle s’engage dans une trajectoire où la violence devient à la fois moteur et piège, jusqu’à se confondre avec ce qu’elle combat. Elle est née sous la plume d’Elie Ramanankavana, qui en a fait le personnage central et le titre de son premier roman, Fortune.
Dans ce livre de 196 pages publié aux éditions Edern, l’auteur construit un récit où l’intime se mêle au politique. La trajectoire individuelle de Fortune dépasse rapidement le cadre personnel pour devenir ce que son auteur qualifie de “métaphore d’une société malgache enfermée dans un cercle vicieux où la lucidité devient impossible”, dans un cycle de reproduction des violences, où la quête de justice se heurte à ses propres contradictions. La figure de la “roue de la fortune”, évoquée en filigrane du roman, selon Elie Ramanankavana, renvoie à une conception circulaire du destin, en écho aux concepts du “tsiny” et du “tody”.
Tension constante
Le roman s’inscrit dans une écriture fragmentée, où les voix se croisent et se brouillent, jusqu’à questionner la fiabilité du récit lui-même. Selon la présentation de l’ouvrage, “les voix, peu à peu, se mélangent pour dire le monstre qui sommeille en chacun de nous”. Ce choix narratif participe à installer une tension constante entre lucidité et illusion, et traduit la perte de repères du personnage principal.
Au cœur du livre, la famille apparaît comme un espace ambivalent, à la fois lieu de construction et de fracture. Loin d’une vision idéalisée, elle est décrite comme le premier terrain où se jouent les rapports de domination, mais aussi les attachements qui façonnent les individus. En ce sens, elle devient un prisme pour lire la société malgache dans son ensemble.
Salon du livre africain
Avec Fortune, Elie Ramanankavana, jusqu’ici connu pour ses recueils de poésie, opère un passage au roman sans rompre avec ses préoccupations initiales. Son écriture conserve une densité et une intensité marquées, au risque parfois d’une certaine opacité narrative. Mais c’est aussi dans cette tension entre exigence formelle et ambition thématique que se situe la singularité de son ouvrage.
Actuellement en résidence d’écriture en France, après un passage de deux mois au Sénégal, où il travaille sur un autre roman, l’auteur s’inscrit dans une dynamique transnationale qui nourrit son travail. Son premier roman sera officiellement lancé en septembre à Antananarivo, après une présentation en avant-première au Salon du livre africain ce week-end à Paris.














