Antananarivo, 9 décembre, 6h06 – Une guitare se tait. Un monument du rock malgache s’en va. Jean de la Croix « Delacre » Randriamiarana, fondateur et leader du groupe Black Jack’s, est décédé. L’annonce est faite par son fils Mickaël Rand sur sa page Facebook, vendredi en début de soirée. Il avait 72 ans.
Delacre est une figure marquante de la musique malgache, en particulier du monde du rock, dans les années 70 et 80. Les « Billy Billy », « Lucile », et autres « Farafarano » sont autant de tubes qui ont enflammé les scènes, au plus grand bonheur des fans de Black Jack’s.
Mais les œuvres de Delacre vont au-delà de morceaux qui font danser. « Mba tandremo kely letsy », « Na dia » ou encore « Ento mora », sont empreintes de leçons de vie tirées de ses propres expériences, et transmises par un artiste qui a bataillé pour vivre de sa passion.
Les textes du leader de Black Jack’s reflètent le parcours et le caractère bien trempé de l’artiste. A l’instar de « Tsy haiko », ils illustrent l’authenticité et le franc parler du compositeur, invitent à la réflexion, appellent à la résilience et à la préservation de la dignité pour réussir.
En plus de 55 ans de carrière, Delacre a gravi les échelons, étape par étape. Il avait débuté en se produisant dans des boîtes de nuit avec le groupe Les Ténèbres, et en animant des scènes de bal et de soirées dansantes ainsi que des fêtes de famille, avant de se faire inviter dans le gotha des rockers malgaches et conquérir les scènes, comme le « temple » d’Antsahamanitra. Il avait économisé pour pouvoir acquérir ses instruments dans un environnement et à une époque où vivre de la musique et se professionnaliser dans le milieu n’étaient pas évidents.
Mais Delacre n’écrivait pas que pour lui. Il avait aussi composé pour d’autres artistes, à commencer par ses jumeaux, Mickaël et Ryan qu’il avait mis sous les feux des projecteurs à seulement huit ans. Il arrive à placer un autre tube, dans la droite ligne de ses convictions, avec « Ny havako », interprété par Voahangy, pour chanter l’importance de la famille et des liens familiaux. Il avait aussi traduit en malgache quelques morceaux célèbres comme « Puisque tu pars » de Jean Jacques Goldman, « We are the World » de Lionel Richie et Michael Jackson ou encore « The total eclipse of the heart » de Jim Steinman et interprété par Bonnie Tyler.
Avec la disparition de certains membres originaux du groupe, Black Jack’s se produisait de moins en moins pour des grands concerts. Pour autant, Delacre n’avait jamais quitté la scène. Ces dernières années, le rocker continuait à gratter de la guitare, entouré de nouveaux musiciens parmi lesquels ses fils et sa petite fille, et partageait la scène des cabarets avec des chanteurs de sa génération mais parfois aussi de son fils Mickaël.
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