L’histoire n’est jamais tout à fait derrière nous. Elle revient, se répète, se transforme, change de visage sans toujours changer de fond. C’est cette idée, héritée de son père, historien de formation et qui considérait que “l’histoire n’était jamais l’histoire du passé mais d’un avenir probable”, qu’Elie Ramanankavana place au cœur de son nouvel ouvrage Litera A, dont le lancement officiel est prévu ce mercredi à Hakanto House, à Isoraka.
Publié par Hakanto Edition, “Litera A, Chronique de la syllabe de flamme” rassemble une sélection de chroniques écrites durant les événements sociopolitiques qui ont secoué Madagascar entre le 25 septembre et le 11 octobre 2025. Entre littérature, réflexion politique et mémoire historique, l’ouvrage interroge les cycles de l’histoire malgache, les mouvements de révolte et les aspirations d’une jeunesse en quête de transformation.
Le titre du livre repose d’ailleurs sur le symbolique de la lettre A, cette lettre qui, selon Elie Ramanankavana, est la plus présente dans la langue malgache. Cette voyelle, qui se répète dans son propre patronyme, Ramanankavana, s’ancre dans Madagascar, résonne à Manakara où il vit, à Farafangana, la ville de ses pères, et jusqu’au nom de son clan, le foko Rabakara, apparaît pour l’auteur comme un “symbole de mémoire, de résistance et de recommencement”.
Pour Elie Ramanankavana, le « A » devient la lettre qui brûle, une syllabe de flamme qui accompagne les soulèvements populaires et traverse le destin collectif. Face à l’immédiateté d’un contexte politique brûlant, cette symbolique permet d’élever la chronique journalistique vers la temporalité de l’œuvre d’art, s’affranchissant du temps figé pour s’inscrire dans la durée.
“Ces chroniques sont très enracinées dans un contexte particulier. Pour en faire une œuvre, il fallait les élever vers une autre temporalité”, explique l’écrivain. Les textes retenus dans le recueil sont ainsi ceux qui mettent en lumière ce mouvement de répétition, de retour et de recommencement qui traverse l’histoire nationale.
L’ouvrage devient alors une exploration des “permanences de l’histoire”, des crises politiques récurrentes, des élans de révolte et des espoirs portés par les nouvelles générations, comme l’indique Hakanto Contemporary. Le livre s’inscrit dans une tradition où la littérature devient un espace de témoignage, de transmission et de questionnement du monde.
Poète, romancier, journaliste culturel et critique d’art, Elie Ramanankavana en est à son quatrième ouvrage. Après Encre et lumière, Mille naissances pour quelques morts et Fortune, ce lauréat du Prix No’Ocultures de la critique photographique publie maintenant Litera A. En 2026, il a également été retenu pour la Résidence d’Écriture Francophone Afrique-Haïti avec son projet de roman Peau Noire, Île Rouge. Mais il a également contribué à de nombreux ouvrages collectifs et a participé à divers expositions, pour ne citer que sa collaboration dans le cadre des saisons de Hakanto Contemporary, Histoire de Famille avec Litanie pour une mère, et Feo avec Sans voix.














