Le président de la Haute cour constitutionnelle (HCC) n’hésite pas à passer des messages forts à l’endroit des candidats et leurs partisans lors de proclamation des résultats officiels de la présidentielle.
Jean-Eric Rakotoarisoa ne se contente pas de proclamer les résultats de la présidentielle. Le président de la Haute cour constitutionnelle (HCC) donne une leçon aux candidats Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana qui se sont livrés à une bataille sans merci durant la campagne des deux tours. « Personne ne peut se prévaloir de détenir la vérité. En matière d’élection, ce sont les documents qui permettent de trouver cette vérité », a tonné Jean-Eric Rakotoarisoa, lors de la cérémonie de proclamation des résultats officiels du deuxième tour de la présidentielle le 8 janvier à Ambohidahy. « Ce n’est pas qu’on prononce tout le temps le vocable vérité qu’on va arriver à la vérité », a-t-il poursuivi, d’un ton professoral.
L’enseignant en droit constitutionnel semble s’adresser au camp de l’ancien président Marc Ravalomanana dans son allocution. Celui-ci n’avait cessé d’affirmer être détenteur de la vérité après le second tour en haussant le ton pour dénoncer ce qu’il considère être des « fraudes massives préméditées en faveur du candidat numéro 13 [Andry Rajoelina] ». Comme au premier tour, Jean-Eric Rakotoarisoa assure que les hauts conseillers « n’ont pas cédé aux pressions ». Même s’il ne l’a pas dit ouvertement, l’appel d’Ammi Andriamahazosoa, président de l’Église réformée (FJKM) et les tentatives de manifestations quotidiennes sur la Place du 13 Mai ne sont pas étrangères à la remarque. « La HCC a fait son travail (…) même s’il y avait des attaques contre elle », continue-t-il.
Le président de la HCC n’hésite pas à rappeler l’obligation des hommes politiques par rapport à leurs engagements vis-à-vis des électeurs. « Il ne faut pas leur rendre visite uniquement pendant les campagnes électorales (…) Il faudra toujours les écouter », prévient Jean-Eric Rakotoarisoa, alors que, dans la pratique, les candidats n’hésitent pas à solliciter les électeurs, y compris dans les zones reculées, uniquement pour l’obtention des voix. L’enseignant en droit constitutionnel tient également à rappeler la charge qui pèse sur les candidats pour fédérer les Malgaches. « Les Malgaches ne sont pas seulement les habitants d’Antananarivo, ni ceux des villes. Ce sont les 25 millions d’habitants répartis dans toute l’île, aussi bien ceux dans les campagnes que ceux dans les zones rurales. Pas seulement ceux qui parlent fort mais surtout la grande majorité silencieuse qui fait tourner et fait vivre le pays », lance-t-il avant d’évoquer la nécessité de solidarité nationale. « Nous avons besoin de la solidarité de tous les Malgaches pour le redressement du pays », conclut-il.
Attaques et invectives
Pendant la campagne, les attaques et les invectives foisonnent. Couplées avec la rivalité latente entre les candidats Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana, celles-ci pourraient laisser des traces au niveau des partisans des deux camps, ainsi qu’auprès de la population. Et les résultats des deux tours laissent supposer un danger de division qui guette le pays si les candidats ne font pas attention. À quelques exceptions près, la grande tendance électorale montre un clivage entre la capitale et les autres provinces, puis entre les zones urbaines et les zones rurales. « Si les divisions, politique, économique, ethnique et religieuse, se poursuivent, le pays continuera à vivre dans le marasme. L’expression ‘la solidarité est une force’ n’est pas une vaine expression. Les 22 ethnies sont une grande richesse et c’est leur grande richesse qui nous permettra de sauver le pays », argumente Jean-Eric Rakotoarisoa, interpellant en particulier le président élu de sa charge sur la destiné des 25 millions de Malgaches.
La question de divergence, Heriniaina Rakotomanana, président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), l’avait déjà pointé du doigt, quelques jours plus tôt. « Le problème de ce pays, ce n’est pas la CENI, mais la haine et l’inimitié qui règne dans nos cœurs (…) ce sont les intérêts particuliers que nous voulons préserver au détriment des intérêts des millions de Malgaches (…) c’est notre déviation vis-à-vis de nos valeurs ancestrales, et de la vérité », avait-il lâché lors de la publication des résultats provisoires le 27 décembre 2018. Le président de l’organe chargé de préparer et d’organiser le scrutin s’est adressé aux deux candidats. « Vous êtes des grands leaders de ce pays (…) Faites taire vos égos respectifs, pour l’amour de nos compatriotes. Faites un geste pour que tout le monde puisse constater votre bonne foi. Il ne faut pas attendre que le pays tombe dans le chaos avant de réagir », avait-il demandé.
Jusqu’à présent, les craintes de crise politique post-électorale ne se sont pas matérialisés. Marc Marc Ravalomanana, candidat vaincu, a publiquement reconnu sa défaite et a félicité le vainqueur, Andry Rajoelina, avant d’appeler à l’apaisement. Le président élu avait remercié son rival de son geste et a promis d’être « le président de tous les Malgaches ».














