Un consensus quasi unanime. Des prestataires de soins de santé unissent leur voix, pour la première fois, en faveur d’une réforme législative. Ils plaident pour l’autorisation de l’avortement dans des circonstances précises, à savoir les raisons thérapeutiques, le viol, l’inceste ou l’extrême jeunesse de la victime. Une demande confirmée par le fait qu’ils sont les témoins de complications graves liées à l’avortement clandestin.
“L’avortement est interdit à Madagascar. Toutefois, les professionnels de santé font face quotidiennement à des complications en ce sens”, rapporte le Directeur de la Santé familiale auprès du ministère de tutelle, Dr Miary Toky Herindrainy Rajoelina. “6 % des femmes enceintes admises dans les centres hospitaliers présentent des complications liées à des avortements réalisés en dehors des structures sanitaires”, ajoute-t-elle. Ces situations, souvent prises en charge tardivement, exposent les patientes à des risques majeurs, notamment des infections sévères, des hémorragies ou des avortements incomplets.
Transformation profonde
Pour sa part, le Dr Maurice Yé du bureau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Madagascar insiste sur la nécessité d’un alignement avec les normes internationales. “La position de l’OMS est clairement exposée dans ses lignes directrices de prise en charge de l’avortement (Abortion care guideline 2022 et 2025), qui regroupent les recommandations fondées sur les preuves pour garantir une prise en charge sûre, respectueuse et non discriminatoire. L’avortement sûr et les soins après avortement font partie intégrante de la santé reproductive”, déclare t-il. Cette agence onusienne considère l’accès à des soins de qualité avant, pendant et après un avortement comme un élément essentiel des droits sexuels et reproductifs.
Ces points sont issus des résultats de l’évaluation stratégique nationale inédite, publiée le 24 Mars par le ministère de la Santé publique, avec l’appui du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et de OMS, dans le cadre du programme 2Gether 4 SRHR financé par la Suède. Le rapport met en lumière une crise persistante de santé reproductive, marquée par des grossesses non planifiées et des complications graves liées à des avortements clandestins. Il appelle également à une transformation profonde des politiques de santé reproductive pour sauver la vie des femmes et des jeunes filles malgaches.














