Le «tora-po» contrefactant ou méconnaissant l’histoire du Rova d’Antananarivo est encore plus désespérant que le «kabary tsy valiana» du Président de la République défendant un projet dont le péché originel est de ne pas avoir de légitimité royale (ni d’assentiment populaire).
Le Rova d’Antananarivo est une enceinte royale, avec les tombes des rois et reines successifs depuis 1610. La profanation du 14 mars 1897, avec l’ouverture des tombes royales, le pillage des objets qu’on avait confiés à chaque tombe, le «famadihana» sacrilège des dépouilles royales et le déplacement des Fitomiandalana dans la partie Nord du Rova, n’a rien enlevé à cette dimension «Masina» de l’Anatirova. L’incendie du 6 novembre 1995, plutôt que de provoquer une cassure, aura ravivé l’amour passionnel qu’Antananarivo, l’Imerina, voire Madagascar, portent à ce trait d’union entre un présent pas toujours glorieux et un passé idéalisé en compensation.
L’émotion que suscite la construction d’un colisée à Anatirova démontre que l’enceinte du Rova n’est pas n’importe quel terrain vague où donner libre cours à la créativité ou à une lubie. Les nombreux remblais que la République s’est ménagée dans la plaine rizicole du Betsimitatatra, oeuvre par ailleurs multi-séculaire des rois d’Antananarivo depuis le XVIIème siècle, offriraient la «feuille blanche» à un projet de fin d’études en école d’architecture ou une proposition après concours international.
C’est bien la conscience du caractère exceptionnel d’un Rova (merci aux Rois et aux Reines !) qui fascine autant les présidents de la République : Didier Ratsiraka a repris la silhouette générale de Manjakamiadana pour le palais à Iavoloha ; Marc Ravalomanana a parrainé le premier bétonnage pour faire de Manjakamiadana un musée aux normes internationales ; Andry Rajoelina, plutôt que de restaurer le Rova, et au premier chef Besakana, construit un amphithéâtre dans sa cour.
Besakana est le plus ancien Lapa du Rova d’Antananarivo. Son sol abriterait les placentas des princes et princesses. Soigneusement entretenu par les successeurs d’Andrianjaka , qui lui ont toujours conservé son allure originelle, ce «Trano Kotona» royal avait pu servir à la fois pour la veillée mortuaire d’un souverain défunt (Andrianampoinimerina, en 1810) comme d’antichambre à la proclamation d’une souveraine pressentie (Rabodonandrianampoinimerina, future Ranavalona 1ère, en 1828). Besakana était également la matrice de l’habitat-horloge : par ses dimensions précises et le repère donné par chaque objet «porte ouverte», elle indiquait l’heure officielle du royaume.
L’ignorance de la vraie histoire expose la mémoire nationale à la réécriture des Tantara. Si la conscientisation à l’histoire de Madagascar, des histoires de l’archipel intérieur malgache, avait toujours pu profiter de la même audience cumulée de toutes les chaînes de télévision, censément réquisitionnées pour passer le message présidentiel en temps d’état d’urgence sanitaire, nous n’en serions pas là.






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