Que faire quand on se retrouve en face d’une personne qui a ingéré, accidentellement ou intentionnellement, une substance toxique? Se rendre immédiatement dans les établissements de santé spécialisés est évidemment la réponse la plus sensée. Mais il peut arriver que les établissements de santé, notamment le service de réanimation médicale et de toxicologie clinique de l’hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona (HJRA) et l’hôpital de Befelatanana, soient encore loin. Les gestes de premiers secours s’avèrent ainsi vitaux pour sauver la vie du patient. Tout comme certains gestes doivent absolument être évités. Les conseils du Dr Christian Rakotonindrina, médecin auprès du service de Réanimation médicale et de toxicologie clinique du CHU/JRA.
Face à un cas d’intoxication ou d’empoisonnement, les premières minutes sont cruciales. Que faire si une personne a ingéré un produit toxique, un poison dangereux? Quand faut-il la faire vomir et quand éviter de le faire? Comment la transporter sans aggraver son état?
Quels gestes adopter quand on est face à une personne qui vient d’ingérer une substance toxique ?
“Tout d’abord, il est crucial d’évaluer l’état de la personne. Est-elle consciente ou inconsciente ? Si la personne est consciente, si elle a ingéré de la nourriture ou du poison et si le vomissement n’est pas contre-indiqué, on peut la faire vomir. Mais dans certains cas, le vomissement est contre-indiqué et il faut tout de suite une prise en charge médicale. C’est par exemple le cas quand il y a ingestion de produits de débouchage de lavabo, d’acides, de pétrole et de tous les produits pétroliers. Pour tous ces produits, il faut absolument éviter de faire vomir la personne.
Deuxièmement, si vous décidez de faire vomir la personne, il est essentiel de savoir comment procéder correctement. Ne rien faire qui pourrait l’étouffer. Par exemple, il faut le coucher sur le côté droit. Une fois que c’est fait, la personne doit être transportée au plus vite dans un établissement de santé.
Comment le transport du patient doit-il se faire ?
Lors du transport d’un patient inconscient, il est primordial de protéger ses voies respiratoires, qui sont vitales, ainsi que son système circulatoire, son cœur et son cerveau. Par exemple, couchez-le sur le côté gauche pour qu’il puisse bien respirer, surélevez légèrement sa tête. Assurez-vous que le véhicule est bien aéré. Idéalement, une ambulance est recommandée, car il peut être difficile de transporter la personne jusqu’à l’hôpital.
Pendant ce temps, l’entourage et les proches du patient doivent être interrogés. Si le patient est conscient, lui demander quel médicament ou quelle substance il a ingéré et en quelle quantité. S’il s’agit d’un médicament, lui demander la présentation de ce médicament. Était-ce sous forme de comprimé ou de sirop. Quelle en la quantité. S’il s’agit d’un poison, lui demander si cela a été ingéré pur ou non. Toutes ces informations devraient être rapportées par la famille. Il est également important de savoir pourquoi la personne a absorbé la substance. Si possible, retirer le poison de l’environnement de la personne. Deuxièmement, s’assurer de la transporter rapidement vers les deux principaux établissements de soins.
Et si le patient se trouve à des dizaines, voire des centaines de kilomètres de ces deux centres hospitaliers ?
D’un point de vue pratique, il est préférable de se rendre au centre de santé le plus proche, qu’il s’agisse d’un Centre de santé de base (CSB) ou d’un centre hospitalier de district (CHD). Ces structures peuvent administrer les premiers soins. Il revient au personnel médical de ces centres d’appeler l’établissement spécialisé pour demander conseil sur la marche à suivre. Le médecin de l’établissement spécialisé pourra alors fournir des directives.
Peut-on ralentir les effets d’un poison ?
Pour ralentir les effets d’une substance absorbée, je répète que se faire vomir le patient est indiqué, il faut le faire. Si le vomissement est indiqué, cela peut être associé à l’administration de charbon. Il existe une dose recommandée de charbon, par exemple 10 comprimés écrasés et administrés. Si le vomissement est complètement contre-indiqué, il faut perfuser le patient et maintenir les fonctions vitales. Puis lui administrer le traitement symptomatique : tout ce qui peut nuire à la vie du patient doit être traité. Par exemple, si la personne convulse, on lui administre un médicament anticonvulsivant ; si elle manque d’oxygène, on lui donne de l’oxygène ; on peut lui administrer du sérum en cas de manque de sucre (hypoglycémie). Si elle a mal à la tête, on lui donne un analgésique. Il est également important de gérer la tension artérielle, qu’elle soit trop haute ou trop basse. C’est ce qu’on appelle les premiers soins.
Pourquoi ne faut-il jamais faire vomir une personne inconsciente ?
Il est absolument interdit de faire vomir une personne qui commence à perdre connaissance. Quand une personne parle, comme nous le faisons, les voies digestives sont fermées. En effet, le chemin vers l’estomac est situé derrière la trachée. Cependant, dès qu’une personne perd conscience, ces deux passages, l’œsophage et la trachée menant aux poumons, s’ouvrent. Il y a alors un risque que des liquides ou des aliments pénètrent dans les voies respiratoires. C’est ce qu’on appelle le syndrome d’inhalation, et cela peut provoquer l’étouffement de la personne ou un manque d’oxygène, ce qui peut lui être fatal.
Pourquoi les substances contenant de l’acide ou à base de pétrole ne doivent-elles jamais être vomies?
Les substances acides et les bases pétrolières irritent les voies respiratoires. Si vous faites vomir la personne et si elle inhale ces substances, celles-ci ne feront pas que brûler l’estomac. Elles brûleront tout l’appareil digestif, l’œsophage jusqu’à l’estomac. Si vous ne faites pas attention et que la personne n’est pas complètement consciente, ces substances peuvent remonter et atteindre les poumons, provoquant également des brûlures graves. C’est la raison pour laquelle on ne doit jamais faire vomir une personne inconsciente.














