Yves Ratrimoarivony, Mamy Rabe, Romuald Rakotondrazaka : trois noms que ne connaît pas le grand public. Moi, je les connaissais et ils rejoignent la liste de ceux qui ont disparu en cette période.
Le confinement nous aura empêché de pratiquer divers «adidy». Les familles ont appris à écourter les veillées funèbres. Les proches se sont résignés à présenter les condoléances et témoigner leur sympathie, à distance.
Le «tsy mifandevi-maty», ne pas pouvoir assister aux funérailles, est une question particulièrement sensible dans la sociabilité malgache. Pourtant, cela fera trois fois que je vais devoir m’abstenir, alors que j’avais tissé ma connaissance de l’Imerina au fil des enterrements en des lieux-dits que nul GPS ne géolocalisait encore.
Une nouvelle expression, «gestes barrières», sera devenue une autre manière de vivre. J’ai connu cette époque où, pour saluer, je n’embrassais ni grands-parents, ni père, ni mère. Quand il m’avait fallu dire au revoir à mon grand-père paternel, sans savoir encore que ce serait un adieu, nous nous donnâmes exceptionnellement l’accolade. La première et dernière fois. Avant 1990, se faire la bise marquait un degré particulier d’intimité. Vingt-cinq ans plus tard, l’intervalle convenu d’une génération, des étrangers s’embrassent avec une unique préoccupation pourtant subsidiaire : deux ou trois bises ?
On ne parle pas aux inconnus : pourquoi faudrait-il faire la bise à un(e) étranger(ère) ? Là, les gestes barrières auront restauré un repère trop fréquemment perdu de vue. C’est cela aussi, vivre avec le Covid-19 : pas d’effusions inutiles.














