La Culture est majuscule. La France, dont la langue avait pu être la lingua franca des royautés européennes, a tôt investi dans le patrimoine monumental. Dans cette démarche, elle a eu la chance de pouvoir compter sur des figures qui ne confondaient pas l’inestimable valeur d’un symbole avec son éventuel maigre prix marchand.
Bien longtemps avant que Charles de Gaulle et André Malraux ne créent le Ministère des affaires culturelles pour «rendre accessibles les oeuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français ; assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel, et favoriser la création des oeuvres d’art et de l’esprit qui l’enrichissent» (décret du 24 juillet 1959), la «Monarchie de juillet» eut l’idée d’un poste d’Inspecteur général des Monuments historiques.
C’est le 21 octobre 1830 que François Guizot, alors Ministre de l’Intérieur, présenta au «roi des Français» Louis-Philippe le Rapport pour la création de ce poste qui sera officialisé le 25 novembre suivant. Ludovic Vitet (1802-1873), auteur de nombreuses travaux érudits sur l’archéologie et l’histoire de l’art, en fut le premier titulaire et en définit la mission dans son premier Rapport : «Constater l’existence et faire la description de tous les édifices qui, soit par leur date, soit par le caractère de leur architecture, soit par les évènements dont ils furent témoins, méritent l’attention de l’archéologue, de l’artiste ou de l’historien».
Lui succédant le 27 mai 1834, Prosper Mérimée (1803-1870), l’architecte-théoricien, était surnommé le «prince des architectes». En 1978, quand la France crée son «catalogue raisonné» de «données sur le patrimoine monumental français de la Préhistoire à nos jours : architecture religieuse, domestique, agricole, scolaire, militaire, industrielle», on lui donne le nom de «Base Mérimée» en l’honneur des travaux qu’il a effectués pour les monuments historiques, dont l’établissement d’une première liste dès 1840.
La même année, Prosper Mérimée confia à l’architecte Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) la restauration de l’abbaye de La Madeleine à Vézelay, le premier monument historique à être restauré par un organisme officiel. Également auteur de la restauration de Notre-Dame de Paris (1843), Eugène Viollet-le-Duc publia de nombreux ouvrages de référence (Dictionnaire raisonné de l’Architecture française, Entretiens sur l’architecture). En 1980, une exposition au Grand Palais (Paris, 19 février au 5 mai 1980) lui fut consacrée avant que le Ministère français de la Culture ne lui rende hommage, pour le centenaire de sa naissance en 2014, par un colloque international organisé par l’Université de Pau.
Que de chemin parcouru et quelle prise de conscience depuis le vandalisme méthodique de la Convention qui, par son décret du 1er août 1793 livra la basilique de Saint-Denis à la fureur destructrice des révolutionnaires : «Les tombeaux et mausolées des ci-devant rois, élevés dans l’église de Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, dans toute l’étendue de la République, seront détruits le 10 août prochain».














