Renault Dauphine, Citroën Ami 6, Simca Aronde, Peugeot 203 : les taxis d’avant arboraient sur leur pare-brise une vignette soigneusement abritée derrière un carré de verre. Tarif de jour, tarif de nuit, ville haute, ville basse, attente…
Les chauffeurs de cette époque savaient qu’en remontant la rue Jean Andriamady, ils arriveraient à la jonction des rues Gallieni-basse et Gallieni-haute, avant de descendre la rue Romain-Desfossés pour déboucher Place Goulette. Aujourd’hui, il faudrait se situer d’après le collège Rafiringa, l’hôtel Palissandre, les kiosques des bouquinistes à Ambohijatovo…
Certaines fois, de guerre lasse, et résigné au nivellement par le bas, j’ai renoncé à expliquer où est le Ministère des Affaires étrangères pour aller au plus simple : le «Tribunal». Les gens se rendent apparemment plus souvent au prétoire qu’ils ne se soucient des «Raharaham-bahiny».
Lalana Andriamifidy ? Le chauffeur contemporain vous regarderait comme un extra-terrestre. Dire que, dans un documentaire, j’ai vu comment les candidats à conduire un «cab» dans Londres devaient connaître par cœur le plan des rues de cette métropole internationale…
Cette ignorance des chauffeurs de taxi, et de la génération actuelle en général, rend d’autant plus ridicules les prétentions socialo-marxistes à avoir baptisé les rues d’Antananarivo de noms de leaders progressistes parfaitement inconnus ici. Cette indifférence a également permis, malheureusement, que le nom du fondateur d’Antananarivo, Andrianjaka, ne trône pas aux alentours du Rova, mais croupit dans la basse plaine inondable d’Ambodin’Isotry. Tout comme les noms des rois Andriamasinavalona et Andrianampoinimerina se perdent dans le fouillis glauque d’Analakely.
Rien ne va plus. Les chauffeurs de taxi de cette époque ne trimbalaient pas un bidon d’essence dans l’habitacle. Ni ne squattaient la moitié des parkings d’Antananarivo. Pas plus qu’ils ne confondaient taxi et taxibe, ne prétendant pas vouloir embarquer d’autres clients alors qu’ils vous avaient déjà à bord. Le bon vieux temps.














