Le Rova d’Antananarivo avait été ravagé le 6 novembre 1995, par un incendie toujours non élucidé 25 ans après. À l’époque, le Ministère de la Culture avait demandé aux archéologues l’inventaire global des objets sauvés et l’inventaire contradictoire entre la dernière liste, établie en 1993, des objets du «Musée du Palais de la Reine» et la survivance physique de ces objets après l’incendie. Comme rapporte le Professeur Rafolo Andrianaivoarivony (président du comité malgache de l’ICOMOS – conseil international des monuments et des sites – et directeur scientifique des travaux archéologiques au Rova d’Antananarivo), dans un article dont suivent de larges extraits, «le nombre d’objets sauvés était de 4126 dont 1971 collections et parmi celles-ci 159 boucles d’oreilles, 152 tableaux et le diadème serti de diamants de la Reine, soit 27,9% des collections du Musée avant l’incendie» (cf. Archéologie et devoir de mémoire sur le Palais de la Reine : un lieu de mémoire détruit et à reconstruire, Tarehi, revue d’histoire et d’archéologie, n°2, mai-juin-juillet 2001, pp.24-31).
(début de citation) Le 6 novembre 1995 soir, l’enclos royal d’Antananarivo, communément appelé Musée du Palais de la Reine ou Palais de la Reine en français et Rova ou Anatirova en malgache a été la proie des flammes. La presque totalité des palais et des constructions était en bois et l’incendie n’a épargné que les constructions en pierre, encore que leur intérieur comportant du bois n’a pas non plus été à l’abri des flammes. Ainsi disparaissait de la vue voire de la mémoire, le témoin visible de la souveraineté nationale d’avant l’occupation française et le témoin de l’histoire des rois et de la nation.
Mahitsielafanjaka ou la case en bois du roi Andrianampoinimerina de 1796, la case mortuaire Besakana du XVIIème siècle et restaurée en 1800, le grand palais Manjakamiadana édifié en 1839 par Jean Laborde et ceinturé de balcons et de quatre tours de pierre en 1877 par James Cameron, le palais Tranovola ou Palais d’argent de 1844, le joli petit palais de Manampisoa de 1866 construit par William Pool et le temple en pierre de 1870 édifié également par lui-même.
Parmi les travaux archéologiques effectués, ceux relatifs à la nécropole royale méritent une attention particulière. La nécropole située au NE du Rova, est composée du Tombeau des Rois, édifié en 1828, du Tombeau des Reines édifié en 1868, et des sept tombes alignées des Rois d’Antananarivo avant Andrianampoinimerina (les Fitomiandalana) et démontées et déplacées en mars 1897 par Gallieni.
Suite à la destruction par le feu de la superstructure en bois de toutes les composantes de la nécropole et des chambres funéraires des deux tombeaux et du désordre qui y régnait, l’on a demandé aux archéologues d’y intervenir afin de les nettoyer de tout objet d’intrusion, de les arranger de manière à avoir un aspect visuel présentable, de procéder à une étude anthropométrique des restes des royales dépouilles et de les réenvelopper de linceuls neufs et d’étudier l’agencement intérieur des caveaux (fin de citation).
Dans la seconde partie «Archéologie et devoir de mémoire sur la colline royale d’Ambohimanga, un lieu de mémoire à faire reconnaître», le Professeur Rafolo Andrianaivoarivony rappelle la démarche qui allait aboutir à l’inscription d’Ambohimanga (le Rova, la forêt sacrée, la douzaine de portails, les fossés, l’étang sacré, les chemins, la place publique, les pratiques cultuelles, les sites archéologiques périphériques) sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, le 13 décembre 2001.
La colline royale d’Ambohimanga a une «valeur universelle exceptionnelle» parce qu’elle 1) constitue un témoignage exceptionnel de la civilisation qui s’est développée sur les Hautes Terres malgaches du XVème au XIXème siècle ; 2) constitue un exemple éminent d’ensemble architectural (le Rova) et de paysage culturel associatif (bois et lac sacrés) ; 3) son paysage s’associe à des évènements historiques et à des croyances toujours vivantes.
Le Professeur Rafolo Andrianaivoarivony avait alors conclu que «le temps est révolu où l’archéologie est seulement la discipline de l’exploration du passé. Grâce à ses découvertes qu’elle doit expliquer, communiquer et diffuser, qu’elle s’attache à promouvoir et à transcender en patrimoine culturel, elle contribue également à asseoir et à conforter l’affirmation de l’identité collective dont elle ravive constamment la mémoire».














