Le Pape s’était rendu à la cathédrale d’Andohalo. Une inscription, avec illustration d’époque, devrait raconter l’histoire de ces lieux aux Croyants, comme aux simples passants, voire les touristes qui sont nombreux à monter d’Ambatonakanga, Ambatovinaky, et Andohalo pour se rendre à Andafiavaratra et au Rova.
Sur une photo ancienne, on voit au fond et au sommet de la colline d’Antananarivo, le palais de Manjakamiadana qui avait encore sa silhouette originelle en bois. Au premier plan, la maison traditionnelle en bois que le prince Ramboasalama a mise à la disposition des Jésuites, à leur arrivée, trois mois seulement après le décès de la Reine Ranavalona 1ère, survenu le 16 août 1861. Juste devant la maison, qui servait d’église provisoire, l’ancien lac d’Andohalo est encore bien visible.
Fils de la sœur de la Reine Ranavalona 1ère, Ramboasalama était donc le cousin germain du Roi Radama II. Le trône lui ayant été promis, avant la naissance de ce dernier, il fut impliqué dans un complot visant à en écarter le prince-héritier Rakotondradama. Condamné à l’exil à Ambohimirimo où il décéda le 9 avril 1862, il n’aurait pas dû avoir le droit de se faire enterrer au Fitomiandalana du Rova d’Antananarivo, mais le Roi son cousin leva l’interdit et Ramboasalama rejoignit son frère Ramahatrarivo I dans le deuxième-tombeau-aligné depuis le Sud.
Le premier curé d’Andohalo fut Joseph Webber, en novembre 1861. Dans un arrêt de la Cour d’appel de Tananarive du 27 septembre 1911, on apprend que l’immeuble dit «Immaculée-Conception II» avait une contenance de un hectare 90 ares 85 centiares et consistait en deux églises, un évêché, deux grandes écoles, deux ateliers, une imprimerie et une reliure, ainsi que plusieurs maisons : fruits de plusieurs décennies d’acquisitions successives dont l’administration coloniale allait pourtant contester la propriété aux Jésuites.
C’est le 8 mai 1873 qu’on posa la première pierre de la cathédrale d’Andohalo. Le père Laurent Ailloud, en charge de la paroisse d’Andohalo depuis 1871, allait se charger de la construction d’après les dessins du Père Alphonse Taïx (qui tracera également les plans de la cathédrale de Fianarantsoa). La cathédrale était encore inachevée quand la Mission l’investit le 26 octobre 1878 et elle ne sera consacrée que le 17 décembre 1890, mais en présence de la Reine Ranavalona III et du Premier Ministre Rainilaiarivony.
Entre-temps, le 30 mai 1883, les missionnaires catholiques avaient été expulsés par le Premier Ministre Rainilaiarivony suite à l’attaque de Majunga par la marine française, quinze jours auparavant : «Catholique = Français». Les quatre églises de la Capitale (Immaculée-Conception d’Ambodinandohalo, Sacré-Coeur d’Ambohimitsimbina, Saint-Joseph de Mahamasina, Notre Dame du Sacré-Cœur d’Ambavahadimitafo) furent confiées à Victoire Rasoamanarivo, bru de Rainilaiarivony, qui veilla à les maintenir ouvertes, pour les exercices de piété et les catéchismes, même en l’absence de prêtres, du 2 novembre 1894 au 18 décembre 1895.
Victoire Rasoamanarivo avait été une élève des sœurs de Saint Joseph de Cluny qui, arrivées dans la suite des premiers Jésuites, ouvrirent la première école pour jeunes filles le 14 novembre 1861. Elle décédera le 21 août 1894 et sera béatifiée par le Pape Jean-Paul II, lors de son voyage malgache en 1989. Le corps de Victoire Rasoamanarivo, qui, en 1961, avait déjà été sorti du mausolée familial Fasan-dRainiharo pour être déplacé au cimetière missionnaire d’Ambohipo, a été de nouveau extrait pour reposer dans la chapelle mortuaire devant la cathédrale d’Andohalo.
À l’époque de la béatification de Victoire Rasoamanarivo, la foi faisait voir un miracle en toute chose. Mais, quand, sur le site d’un ancien étang, de l’eau sourd, plutôt que de m’extasier alléluia, je préfère l’hypothèse scientifique d’une résurgence de l’ancienne source qui l’avait alimenté. La thérapie par auto-suggestion est un vrai talent que tout le monde ne sait pas avoir : pèlerinage à Lourdes, prières dans la chapelle de Victoire Rasoamanarivo, télépatho-thérapie par simple spectacle du Pape à Soamandrakizay…














