Ultimes hommages à Dadah de Mahaleo. La grande foule réunie sur la place du «Tranom-pokonolona» d’Antsirabe écoute sans bruit les discours d’adieux à l’auteur-compositeur prolifique du groupe légendaire Mahaleo. Bekoto, l’un des trois derniers rescapés avec Charles et Dama, a des mots simples, concrets, vrais. Il remercie la famille du défunt d’avoir donné aux Mahaleo l’ami Dadah.
«C’est ici, Antsirabe, dit-il, qu’est né le groupe Mahaleo», avant d’inviter l’assistance à entonner avec lui «Hiaraka isika». Les paroles sont dans toutes les têtes, depuis tellement d’années. Comme les Mahaleo sont dans tous les cœurs, depuis les premiers accords de guitare sur «l’esplanade Médecine», à Ankatso. En 1972.
Ce recueillement sobre et digne, sans service d’ordre, contraste avec le boucan insoutenable et scandaleux de la propagande électorale en cours pour les élections municipales. En 1972, les idées se disaient avec des guitares qui en arrivaient à parler sous des doigts «dexterts» : la politique se critiquait et la société se racontait, toujours en chantant, avec des textes dont on ne dit pas assez la haute tenue littéraire. Quarante-sept ans plus tard, les décibels assourdissants de «tubes» sur le mode onomatopée tiennent lieu d’idée.
Ils avaient été nombreux à faire le déplacement d’Antsirabe pour veiller Dadah à son domicile. Ils étaient encore plus nombreux à remplir le Palais des Sports à Mahamasina pour chanter son vaste répertoire sans que jamais ça ne fasse tapage nocturne pour le voisinage. Ils furent innombrables sur la route d’Antsirabe et autour du tombeau dans cette région du Betafo qui fut la capitale du Vakinankaratra. Ici, c’est la fin du voyage : 190 km sans compter et 65 ans au compteur de Dadah.
En cette période électorale, aucun homme ou femme politique n’a la moitié de la notoriété spontanée des Mahaleo. Ici, aucune démagogie débitée à coups de slogans dramatiquement creux de leur vide de sens. Ici, c’est la promesse tenue de sons harmonieux et de textes au diapason. Ici, c’est Dadah avec la précision chirurgicale de la prose de ses mots qui font nos poésies galantes, enamourées, amantes. Ici, et avec quel talent, c’est Mahaleo !














