Il y a 12.000 ans, la dernière vague des ancêtres asiatiques des Amérindiens franchissaient à pied le détroit de Béring, entre l’Extrême-Orient russe et l’Alaska étasunien. Pour dix millénaires, jusqu’en 1492, ils allaient disparaître de la connaissance de ceux qui écrivent l’histoire.
Les historiens, cependant, ne les ont jamais accusés d’avoir saccagé la nature. Au contraire, phénomène démographique unique dans l’histoire de l’humanité, les Amérindiens allaient presque entièrement disparaître, au Nord (les «Peaux-Rouges») comme au Sud (Aztèques, Toltèques, Mayas, etc.), au contact bactériologique avec les Européens.
Aujourd’hui, ce sont les lointains de ces Conquistadors qui grignotent une Amazonie qu’on présente comme le «poumon» de la planète Terre. Si le Brésil regroupe sur son territoire 60% de cette forêt amazonienne, huit autres pays (Bolivie, Pérou, Équateur, Colombie, Venezuela, Guyane, Surinam, Guyane française) s’en partagent également les derniers lambeaux.
Les forêts tropicales sont essentielles, non pour l’oxygène qu’elles produisent mais pour leur capacité d’absorption du dioxyde de carbone. Et pendant que les incendies dans l’Amazonie accaparent l’attention, les satellites de la NASA montrent d’autres feux importants en RD Congo, dont la forêt tropicale est la deuxième plus importante au monde après l’Amazonie. Mais, également en Angola, Zambie et Mozambique. En Indonésie, à Sumatra et Bornéo, ce sont 136.000 hectares de forêt qui sont partis en fumée.
L’image satellite est impressionnante : une photo du 27 août 2019 montre un Madagascar rouge incendie ! Mais, les spécialistes l’assurent : la vraie réalité ne peut pas être déduite du nombre de pixels rouges produits par MODIS, un satellite «très sensible» de la NASA. Toujours sur cette image satellite, le Nord-Ouest de l’Australie située à la même latitude, entre Équateur et Tropique du Capricorne, également en feu. Plus «exotique», l’alarme incendie qui concerne la forêt boréale russe.
Les scientifiques «rassurent» que c’est saisonnier : pendant la saison sèche tropicale, les brûlis sont liés à des pratiques agricoles traditionnelles. Les déclarations concordantes de trois scientifiques ne sont pas à mettre entre toutes les mains des «mpandoro tanety» : «Les savanes doivent brûler, cela fait partie de leur évolution, elles ont brûlé au cours des sept derniers millions d’années et cela n’a rien d’inhabituel» (Bob Scholes, professeur d’écologie des systèmes à l’Université du Witwatersrand, Afrique du Sud) ; «C’est un cycle naturel de la savane : une grande partie de la végétation qui brûle à la saison sèche repousse lors de la saison des pluies» (Mark Parrington, scientifique du service européen Copernicus sur le changement climatique) ; «Les feux de forêt sont un phénomène saisonnier normal qui permet à cet organisme vivant qu’est la forêt de se régénérer» (Frédéric Chevallier, ingénieur-chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, France).
Il semblerait même que la fumée et les particules provenant des incendies en Afrique centrale traversent l’océan Atlantique et servent d’engrais à la forêt en Amazonie. Le zoom médiatique sur le Brésil, pays du «Sommet de la Terre 1992», accentué par la personnalité de son président Jair Bolsonaro et ses tweets «trumpiens», ne doit pas cacher le million d’hectares de forêt incendié au Bolivie depuis le mois de mai. Ni qu’une aide d’urgence de 20 millions de dollars, confiée à la coordination du Chili, a été décidée par le récent sommet du G7 pour financer des bombardiers d’eau, dont le premier avait décollé au Paraguay. Et que le Pérou et la Colombie ont appelé à un pacte régional pour protéger l’Amazonie de la déforestation et des incendies.
«Bilan carbone neutre» ou pas, le spectacle d’une vue panoramique calcinée, entre Ankazobe et Mahajanga, est déprimant. De nombreux sites de reboisement, le long de la RN4, sont couleur cendre. À l’instar de l’Éthiopie qui a fait le buzz sur ses 200 millions d’arbres en un jour, Madagascar pourrait prétendre éviter une insuffisance respiratoire à la planète par la jonction de ses corridors forestiers, la reforestation de ses «tanety», et la sanctuarisation en poumon planétaire de sa «Nature 5 Étoiles».














