On parle des «îles malgaches» ou des «îles éparses», mais c’est oublier que «Madagascar et dépendances» compte 263 îlots dont certains sont propriété privée. Que savent nos écoliers des Nosy Lava, Nosy Mitsio, Nosy Ankarea, Nosy Tsarabanjina, Nosy Sakatia, Nosy Komba, Nosy Ankazoberavina, Nosy Iranja, Nosy Saba…
Nos cours d’histo-géo ne nous apprennent que le strict minimum : la formidable superficie de la «Grande île» qui en fait la cinquième plus grande île du Monde, laissant déjà de côté les pourtant très courues Nosy Be et Saint-Marie. Bien peu d’entre nous connaissent la baie de Moramba (14E53.34 – 47E20.40) dont les ilots évoquent, dit-on, ceux de la baie d’Along en Thaïlande.
À une époque, fleurant bon les manuels concoctés sous d’autres cieux, on disait volontiers que Madagascar, c’est la France et le Bénélux réunis. Une référence franco-centrée. Et Madagascar, dont on savait qu’elle est un archipel intérieur de dix-huit ethnies, se découvre être archipel extérieur avec ses dépendances sans contestation et les «îles malgaches : Glorieuses, Juan de Nova, Bassas da India, Europa» que l’administration gaullienne lui a soustraites en avril 1960.
Cette réclamation de souveraineté commence dans les manuels de géographie, à l’édification des plus jeunes pour leur donner envie d’une discipline finalement fondamentale dans la souveraineté d’un pays. Savoir que Europa, à 330 km au Nord-Ouest de Tuléar, est l’île éparse la plus vaste avec ses 3000 hectares. Savoir que Juan de Nova (17S03 – 42E43 : 4,4 km2), «découverte» par le Portugais Joao de Noua en 1506, est l’île éparse la plus proche de Madagascar, à 150 kms au large de Tambohorano (mais à seulement 285 km de l’Afrique).
Les «îles malgaches» portent des noms bien peu malgaches : Les Glorieuses (11S31.24 – 47E22.05 : 7,7 km2), Juan de Nova, Bassas da India (21S27.51 – 39E37.45 : 0,2 km2), Europa. Si les riverains malgaches, qui avaient pu les fréquenter, les avaient nommées, c’est à une Société de Géographique malgache d’en établir la traçabilité.
«Un État a la politique de sa géographie» disait un Corse célèbre, Napoléon. Fondée le 15 décembre 1821, dont par de nombreux compagnons de la Campagne d’Égypte de Bonaparte, la Société de Géographie de Paris au 184, Boulevard Saint-Germain, revendique fièrement d’être «la plus ancienne Société de Géographie du Monde» : devant Berlin (1828), Londres (1830), Francfort (1836) Mexico (1859), Saint-Pétersbourg (1845), New York (1852), Vienne (1856), Genève (1858).
Les Maréchaux Gallieni et Lyautey, anciens de Madagascar, en furent sociétaires. Guillaume Grandidier (1873-1957), autre ancien de Madagascar, en fut le Secrétaire général. Son père, Alfred Grandidier (1836-1921), mourut quelques mois juste avant le centenaire de la Société de Géographie de Paris. Les Grandidier père et fils, explorateurs inlassables des contrées malgaches, ont légué un monument historique, géographique et ethnographique, aujourd’hui encore inégalé sur Madagascar. Il faudra nous souvenir qu’un État a aussi la souveraineté des cartes géographiques établies par ses soins.














