«Renault Trafic, Renault Capture, Renault Évasion» : le triptique fait fortune sur Internet depuis la grande évasion de Carlos Ghosn, l’ancien double PDG de Nissan et Renault. Mais, si l’utilitaire Trafic existe bel et bien et que la Kaptur est un SUV de la marque au losange, le modèle Evasion désigne un ancien monospace de chez Citroën.
Qu’importe : Carlos «Gone», et même le patron de Tesla s’en est amusé sur son compte Twitter. Perquisitions à Tokyo, interpellations en Turquie, notice rouge d’Interpol à Beyrouth, incrédulité à Antananarivo de voir apparaître le nom de «TOA» (Trans Ocean Airways) du groupe Sodiat, dans une affaire qu’en bon insulaire, nous pensions lointaine (cf. Démenti de TOA). Pour la petite histoire, une compagnie «TOA» avait précédemment opéré au Japon, entre 1953 et 1971…
Lors d’une conférence devant les étudiants de l’ESSEC (Paris), le 14 septembre 2016, Carlos Ghosn avait résumé sa pensée managériale : «Le talent, l’expérience acquise, l’unicité, (cela) se paie. Ce n’est pas une question de dire, «il faut être fair». Dans un monde d’exigence et de mondialisation, il faut d’abord être performant. Et pour être performant, ça commence d’abord par le talent humain. Je parle de ceux que j’embauche, et que je suis prêt à payer 300 fois ou 3000 fois le salaire d’autres personnes».
Carlos Ghosn, arrive en 1996 chez Renault en tant que directeur général adjoint. Il en devient PDG en 2005, l’étant déjà de Nissan depuis 2000. Conclue sous l’ère de son prédécesseur (de 1992 à 2005) Louis Schweitzer, mais orchestrée par Carlos Ghosn, la prise de contrôle de Nissan par Renault est actée en 1999 : l’Alliance devait permettre à Renault d’être moins dépendante d’un marché automobile européen qui se tasse. Depuis 2010, des accords industriels et financiers lient Renault et Mercedes et la prestigieuse marque à l’étoile roule avec des petits moteurs diesel de chez Renault tandis que la Smart utilise la même plate-forme que la Twingo III.
En juin 2014, lors d’une conférence de presse, Carlos Ghosn lui-même avait révélé ses salaires annuels : 7,2 millions comme PDG de Nissan, 2,67 millions comme PDG de Renault. Une hausse de 169% (de 2,67 millions à 7,251 millions d’euros) avait été rejetée par le Conseil d’administration de Renault en 2015. À la même époque, le PDG de Ford touchait 18 millions d’euros, celui de Volkswagen 15 millions, celle de General Motors 11 millions, celui de Daimler-Benz 8,25 millions. Rien que de très normal donc dans le top management du secteur automobile : salaire fixe + part variable qui peut aller jusqu’à 150% du salaire fixe si les objectifs sont remplis à 90%… Hausse de la rentabilité, progression du chiffre d’affaires, triplement du résultat net, embauche de 1000 CDI en 2015 (après avoir tout de même perdu 10.000 emplois sur la période 1998-2004) : business as usual.
Carlos Ghosn, après sa fuite du Japon, a déclaré ne pas s’être soustrait à la Justice mais avoir échappé à l’injustice. Entré légalement au Liban avec un passeport français et une carte d’identité libanaise, le Libanais d’origine né au Brésil est assuré de ne pas être extradé par le Liban tandis que la France l’a également assuré de sa solidarité consulaire.
Le talent se paie. Il se paie cher.















