Mahamasina, mardi 26 novembre 2019, 17 heures. À quatorze heures de l’ouverture des bureaux de vote, pour l’élection du futur Maire, il n’y a clairement plus de pilote dans l’avion, plus de commandant de bord aux commandes du navire Antananarivo à la dérive.
Les automobilistes ont pris le pouvoir en court-circuitant massivement le sens interdit qui part de l’entrée du Stade municipal jusqu’à la hauteur de la Pharmacie de Mahamasina. Il faut dire que, débordés de partout, ce sont les agents de la circulation eux-mêmes qui ont instauré, et pour ainsi dire officialisé de facto, ce court-circuit.
Chaque jour ordinaire d’embouteillages, quatre agents n’arrivent pas canaliser le flot de l’heure de pointe. Les voitures roulent déjà au pas depuis Anosy ou Amparibe. Les marquages au sol deviennent inutiles. Sur un demi-mètre, on accélère d’énervement et on freine de courroux.
Au pied de l’École de Médecine, sous le regard impassible de la statue du Docteur Antoine-Maurice Fontoynont, il serait intéressant de mesurer le stress quotidien de milliers d’automobilistes et ses conséquences néfastes sur leur santé, leur moral, leur sociabilité. Personne au volant ne peut se permettre un bref répit et se détendre à songer à la carrière malgache de ce médecin vazaha : arrivé à Madagascar à l’époque du général Gallieni, qui lui confia la direction de l’École de Médecine (créée en décembre 1896) ainsi que la présidence de l’Académie malgache (fondée en janvier 1902), Fontoynont décède à Antananarivo en 1948, à l’âge de 79 ans et repose au cimetière d’Anjanahary.
Retour à la réalité : depuis le Fort-Voyron d’Ambohijanahary, les voitures descendent au ralenti et au forceps par une rue étroite encombrée par des voitures en stationnement. La circulation arrive presque miraculeusement au niveau de l’hôpital Befelatanana pour se retrouver définitivement coincée par quatre files de front qui se poussent dans un goulet d’étranglement à voie unique, le reste de la chaussée étant envahi par les fruits et légumes vendus à même le sol.
Sur une centaine de mètres, tout y est : inflation du parc automobile, insuffisance de la voirie, transhumance vers la banlieue-dortoir, indiscipline des automobilistes, sans-gêne des marchands de rue. Instantané d’une ville qui prend l’eau : écoper dans les mentalités, colmater la déperdition des investissements, fermer les écoutilles au flot de l’anarchie.














