La mort, ce 24 mars 2020, d’Albert Uderzo, créateur et dessinateur d’Astérix le Gaulois, remémore à chacun des «7 à 77 ans» son lot personnel de souvenirs. Les miens sont dans le treizième album, «Le Domaine des Dieux».
L’histoire commence par une planche campant Jules César devant la maquette d’un futur lotissement résidentiel romain dans la forêt qui protège de la civilisation romaine le village des irréductibles Gaulois armoricains. Le conquérant de la Gaule raconte comment Vercingétorix, vaincu, déposa ses armes aux pieds du Glorieux Chef. Son entourage se regarda : «De qui parle-t-il ? – De lui. Il parle toujours de lui à la troisième personne». Un courtisan plus courtisan que tous les autres, complimenta alors Jules César : «Il est formidable !». L’Auguste s’étonna : «Qui ça ?». Le courtisan, déjà moins confortable : «Ben…Vous !». Le Grand Jules, déjà reparti vers les cîmes dont on l’a, un instant, distrait : «Ah !… Lui !».
Le 21 mars dernier, Madagascar avait marqué la journée internationale des forêts, même si l’évènement fut occulté par l’irruption officielle du coronavirus. La campagne 2020 de reboisement, lancée à Firarazana-Ankazobe le 19 janvier, avait eu l’heur d’un compte-rendu dans Le Monde. Même si planter un million d’arbres en une journée relève davantage du Guinness des records que d’une politique forestière quinquennale ou décennale, l’urgence de la situation est indéniable : depuis 1960, Madagascar aurait perdu 44% de ses forêts naturelles dont près d’un million d’hectares de 2005 à 2013.
Planter 60 millions d’arbres sur 40.000 hectares : un petit miracle dont auraient vraiment besoin la faune endémique menacée d’extinction, la terre arable emportée par l’érosion, le cycle asséché des précipitations. Un petit miracle qui, à moins d’avoir tout le temps et la patience de «L’homme qui plantait des arbres» de Jean Giono, ne se rencontre que dans «Le Domaine des Dieux» d’Uderzo et Goscinny. Le druide Panoramix a créé des glands de chêne magiques à pousse ultra-rapide : chaque nouvelle clairière dégagée par les esclaves numides redevenait aussitôt une forêt dense.
Les forêts primaires de Madagascar partent en charbon, cultures sur brûlis, rondins de bois précieux, saignées pour nourrir sur des aires protégées une migration interne hors de contrôle, et place nette à l’exploitation minière.
Il faut bien comprendre que les remèdes à base de plantes médicinales (rotra : contre le diabète ; fanazava : diurétique ; vahivoraka : amaigrissant ; voafotsy : immunostimulant ; satrikoazamaratra : cicatrisant ; ambiaty : hémostatique), les anti-paludéens traditionnels (tsihanimposa, hasina, sakarivohazo, veromanitra, tsilavindrivotro, menahelika, mandresy, voahirana, retsimilana, ampody, montana), et les futures molécules contre les H1N1, SARS, MERS, Covid-20, Covid-21, ne pousseront pas dans le désert. Nous avons besoin d’un Panoramix qui plante magiquement des arbres. De simples arbres, simplement des arbres.














