Lalàna Andriamanantena Georges : la carte Google faisant foi, cet ancien nom n’a donc pas complètement disparu même si l’usage lui a préféré les noms plus génériques de Fiadanana et de Soanierana. Il s’agit de la route pavée qui relie le carrefour Tsimbazaza-Ankadilalana à Soanierana, depuis les anciens bureaux du Fivondronana d’Antananarivo jusqu’aux deux camps militaires de «RTS» et «CAPSAT».
Rue Georges Andriamanantena, le seul à retenir parmi les inconnus dont l’administration municipale d’une époque «progressiste», sous prétexte de dé-franciser les noms de rue de la Capitale, a fantaisistement affublé les rues de ce quartier en particulier, et d’Antananarivo en général.
Fiadanana-Soanierana ou le parfait condensé de la réalité quotidienne d’une Ville abandonnée à elle-même.
SALETÉ. Devant le portail de Capsat, s’amoncellent des ordures dont les strates vieilles de plusieurs jours de non-ramassage ressemblent à quelque cloaque archéologique. Une odeur pestilentielle est propagée par une rigole qui envahit la chaussée. Sur le trottoir opposé, un commerce de charcuterie et glaces, plusieurs épiceries de marchandises générales, une échoppe de petite quincaillerie, un «trano manga» de mofo gasy et ramanonaka… Habitude ou résignation, fatalisme : personne ne semble incommodé du spectacle et de la puanteur des ordures. D’autres ordures, en face de la Brigade des recherches ou à portée de vue des bureaux municipaux d’Ankadilalana attendent d’être ramassées. En attendant, un vent sec et poussiéreux en éparpille alentour débris et microbes.
SALETÉ TOUJOURS. Des riverains, particuliers logés à l’ancienne ou professionnels dans des locaux patentés sans les commodités réglementaires minimales, jettent directement aux égoûts des seaux d’un liquide des plus douteux. En face, on devine l’improbable cours d’éducation civique dans les classes du Collège catholique Maria Manampy : comment expliquer aux enfants que cette odeur-là, justement, est celle de l’incivisme qu’aucun sous-développement ne saurait excuser ? D’ailleurs, la ruelle attenante, entre les deux Collèges, Sainte-Chantal et Maria Manampy, empeste la pisse et d’autres déjections très humaines. Le cours d’éducation civique devient réquisitoire contre la dégueulasserie de bien de congénères, malheureusement compatriotes, auxquels on accorde encore le droit de vote.
INCIVISME. Parlons-en. Il y a encore quarante ans, subsistaient derrière les murs du CEG (Collège d’Enseignement Général) de Tsimbazaza, et au pied de l’Église catholique de Soanierana, les gradins d’un ancien amphithéâtre comme celui d’Antsahamanitra. Quels permis de squatter le domaine public et autorisation de construire après occupation de mauvaise foi ont fait qu’aujourd’hui s’y entassent plusieurs maisons particulières ?
INCIVISME TOUJOURS. Devant le portail du camp militaire, avait autrefois été établi le terminus de la ligne 13 des taxibe. De nos jours, aux côtés de boxes provisoirement précaires dont on devine qu’un rien de fait accompli leur donnera un ancrage définitif, s’improvise un parking de jour, le camp militaire ouvrant sa forteresse au parking de nuit. Les militaires ne sont pas des policiers, mais peut-être les premiers seraient avisés de signaler aux seconds, dans quelque EM-Mixte-O, ces automobilistes qui prennent en sens interdit les deux axes Soanierana-Ankadimbahoaka et Ankaditoho-Antampon’i Soanierana.
INFRASTRUCTURES. Je parle décidément d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître : devant ce qui fut un «Magasin M», la chaussée en pavés s’effondre sur elle-même comme peuvent en témoigner les nombreux automobilistes venant de Iavoloha ou Tanjombato qui, le matin, contournent les embouteillages d’Andrefan’Ambohijanahary pour se retrouver nez-à-nez, calandre-à-calandre, pare-choc contre pare-choc, avec le flux qui arrive de Mahamasina. Difficile de croire qu’il y a quarante ans, cette rue était librement à double-sens : aucun véhicule n’en encombrait en permanence la moitié de la chaussée, transformée en parking.














