6 décembre 2019, une dépêche de l’AFP annonçant l’exécution par la police indienne de quatre violeurs fait le tour des rédactions. Les violeurs avaient été arrêtés la semaine dernière après le viol collectif d’une vétérinaire de 27 ans qu’ils avaient enlevée, après avoir crevé un pneu de son scooter. Leur forfait accompli, ils l’avaient tuée et brûlé son corps. La foule en colère avait failli les lyncher dans le commissariat où les violeurs étaient détenus : une parlementaire aurait justement voulu les voir «lynchés en public» ; un autre parlementaire avait réclamé leur castration ; la sœur de la victime a fait part de sa joie. À l’annonce de leur exécution sommaire par la police, une partie de la population de Hyderabad a publiquement applaudi à cette justice faite.
Le 16 décembre 2012, à bord d’un bus de New Dehli, une étudiante de 26 ans était violée par six individus qui l’achevèrent en l’empalant avec une barre de fer. Le 29 décembre, Jyoti Singh, mourra d’une hémorragie interne dans un hôpital de Singapour, où le Gouvernement indien l’avait envoyée pour soins. Sur les six accusés, quatre sont condamnés à mort. Un, mineur au moment des faits, est condamné à trois ans de prison. Le chauffeur du bus se suicide dans sa cellule avant le procès.
Il était 21 h 30 dans cette métropole moderne, et qu’on pensait civilisée, de New Dehli. Jyoti Singh rentrait chez elle après avoir été au cinéma. Elle travaillait dans un call-center d’IBM pour financer ses études de physiothérapie. L’opinion publique indienne s’était émue de son cas et de vives protestations s’ensuivirent que la police avait brutalement réprimées.
Le 3 décembre 2017, le journal anglais The Guardian demandait : «Cinq ans après le viol collectif et l’assassinat de Jyoti Singh, qu’est-ce qui a changé pour les femmes en Inde» : 33.000 viols étaient encore recensés en 2017. Les parents de Jyoti Singh ne comprenaient pas, que cinq ans après leur condamnation à mort, et sept mois après la confirmation de la peine capitale par la Cour suprême, les agresseurs de leur fille n’avaient toujours pas été exécutés.
POST-SCRIPTUM : Le 10 décembre, la photographe espagnole, Sofia Moro, exposera au Cercle Germano-Malagasy/Goethe Institut et un débat s’ensuivra sur le thème de «Who deserves to die : an allegation against the death penalty». Qui mérite de mourir et qui mérite la peine de mort ? Les violeurs de Jyoti Singh et les violeurs des 33.000 victimes indiennes. Pour ne citer qu’elles. Les droits de l’homme et de la femme, constamment convoqués au chevet des assassins, des violeurs et des kidnappeurs, sont faits également pour les gens normaux qui ne pensent ni à assassiner ni à violer ni à kidnapper.














