L’image d’une Ville. Arrive-t-on à oublier les taudis, la crasse et l’anarchie, à l’entrée d’une Ville une fois qu’on a vu et apprécié ce qu’elle sait offrir intra muros ?
À Mahajanga (le toponyme officiel n’empêche personne d’en appeler à Majunga, son «Bord», son Baobab, son Amborovy, son Grand Pavois), après 572 kilomètres bien tassés dans la nuque, les cahuttes du commerce de la débrouille et de la survie succèdent au lamentable spectacle de bas-côtés de RN4 noircis par les feux de brousse. À Toamasina (la terminaison officielle n’empêche non plus personne d’en référer à Tamatave, passé dans les moeurs depuis les inénarrables expéditions en TCE jusqu’à la Gare des Manguiers), au moins, l’ouverture de la rocade directe par les silos hydrocarbures permet d’éviter les mêmes cahuttes de notre sous-développement pour accéder de plain-pied aux eaux troubles de la Manangareza que plus personne ne songerait à boire.
Et Antananarivo (Tana pour les intimes, Iarivo déclament les poètes, Analamanga salue la célèbre chanson, «Haody ry Analamangako, ry Iarivoko, r’Imerina»). Jadis surprenante «capitale montagnarde en pays tropical», aux infrastructures désormais saturées par trop d’afflux humains, toujours aussi magnifique mais surtout dans nos souvenirs et sur les photos d’époque.
On arriverait par l’Ouest, mais dépassé le charme fané du lac d’Andranotapahina, drôle de bienvenue au spectacle de l’anarchie sans nom au niveau du rond-point de Talatamaty : un marché en vrac et de broc à même le sol, doublé d’un arrêt sauvage de taxibe. Un kilomètre auparavant, un bac qui déborde d’ordures jusque sur la chaussée aura servi d’avertissement. On viendrait par le Sud-Est, mais sur l’axe Andoharanofotsy-Tanjombato, les façades que passe en revue la route principale, laquelle se trouve être un morceau de la RN4, achèvent de déprimer le voyageur fatigué : quincailleries sans âme, échoppes sans charme, murs aveugles peints de publicités criardes. On ferait la route depuis le Sud-Ouest, et, dans les embouteillages, on aura tout le temps de méditer sur le pillage des poteaux solaires donnés par la Chine, ou sur les incessants remblais qui avancent plus vite que la route et les autos en surplace, quand ce ne n’est pas la squatterisation officielle de la digue de la Sisaony. On déboulerait depuis l’Est, mais si les ralentissements d’Ambohimangakely annoncent les mœurs marchandes et automobiles de la Capitale à venir, c’est bien Mahazo qui semble avoir fait sa marque déposée de l’éparpillement d’ordures à même la chaussée, assortie de l’insupportable puanteur d’urine, avec la gêne occasionnée par des marchands envahissants et des transporteurs indisciplinés. On pourrait penser que l’entrée Nord, exutoire unique du cul-de-sac qu’est la RN3 d’Anjozorobe, aura été épargnée : las, le foutoir commence dès le marché-gare routière de Sabotsy-Namehana, quelques kilomètres amont qui préparent à la congestion d’Analamahitsy, manifestement inéluctable malgré le concours impuissant d’ingénieurs d’Île-de-France.
Bien sûr, ni Talatamaty, ni Ampitatafika, ni Andoharanofotsy, ni Ambohimangakely, ni Sabotsy-Namehana, ne sont Antananarivo. Tongasoa à Antananarivo, alors. Antanimbarinandriana et son parc de voitures bonnes occasions, l’avenue de l’Indépendance et ses utilitaires transformés en SAV pour smartphones fatigués, le Parvis de l’Hôtel de Ville et son opération portes ouvertes aux friperies.














