Antananarivo, 4 Novembre, 14h35 – Un nouveau mandat sous le signe d’une profonde crise. Samia Suluhu Hassan a été investie lundi pour un second mandat en tant que présidente de la Tanzanie. La cérémonie, tenue dans un camp militaire, a été fermée au public et retransmise à la télévision d’État. Cette prestation de serment inhabituelle fait suite à une élection où elle a été déclarée vainqueur avec près de 98 % des voix, des chiffres ‘’dignes d’une dictature’’, selon le politologue Dan Paget, cité par France 24. Ses principaux adversaires ont été exclus du scrutin, l’un étant emprisonné et l’autre disqualifié.
Ce processus électoral a été vivement contesté, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. La période précédant et suivant le vote a été marquée par des manifestations inédites et une répression violente. Les autorités ont imposé une coupure d’internet à l’échelle nationale, rendant difficile la vérification indépendante des bilans. Tandis que l’opposition évoque 700 décès, des sources diplomatiques faisaient état d’au moins 500 morts. La présidente a attribué les troubles à des « éléments étrangers » venus semer le chaos, et ordonné un retour à la normale.
Des observateurs de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) ont dénoncé l’absence de pluralisme, affirmant que dans de nombreuses régions, les électeurs n’avaient pas pu exprimer leur volonté démocratique. L’Union africaine, pour sa part, a félicité la présidente élue et a “déploré profondément la perte de vies humaines survenue lors des manifestations postélectorales”.
Arrivée au pouvoir en 2021 après le décès de John Magufuli, Samia Suluhu Hassan avait alors incarné un espoir de renouveau démocratique après la présidence autoritaire de John Magufuli. Première femme à diriger le pays, cette technocrate expérimentée avait promis une ère d’ouverture avec sa doctrine des « 4R » réconciliation, résilience, réformes et reconstruction, et avait initialement assoupli la pression sur les médias et l’opposition. Mais son mode de gouvernance a très vite été pointé du doigt.
La communauté internationale, dont l’ONU et l’UE, a exprimé son inquiétude face aux violences et aux violations des droits humains. À l’intérieur du pays, la situation a entraîné une perturbation de la vie quotidienne, avec une flambée des prix et la fermeture des écoles.














