Antananarivo, 26 Octobre, 15h30 – Cela fait presque 30 ans qu’un long métrage de fiction d’un réalisateur malgache n’avait pas été produit et bientôt distribué à l’international. Le dernier était “Quand les étoiles rencontrent la mer” de Raymond Rajaonarivelo en 1996. “On a eu un peu de chance pour réussir à financer le film grâce à cela”, confie Herizo Rabary, un des co-producteur de “Disco Afrika”, le premier long métrage de Luck Razanajaona. Le film a fait l’objet d’une projection pour la presse ce vendredi avant sa sortie nationale à partir du mois de novembre.
“Disco Afrika” relate l’histoire de Kwame, un jeune malgache qui est allé tenter sa chance dans les mines de saphir mais tout ne se passe pas comme prévu et le jeune homme doit retourner dans à Toamasina pour essayer de s’en sortir autrement. Le film se déroule sur fond de crise politique et évoque, à travers la quête de Kwame, les différents maux de la Grande île comme la corruption, les trafics en tout genre, la pauvreté et d’autres. Pour le réalisateur, le film ne veut pas nécessairement critiquer les régimes malgaches successifs mais se veut le reflet de la situation dans lequel se trouve le pays.
“En tant que quelqu’un né en 1985 j’ai vécu beaucoup de crises politiques, 2002-2009. L’histoire est en rapport à ce que j’ai vécu. Avant de faire du cinéma j’étais un travailleur social, j’ai vu beaucoup de problématique concernant les jeunes, la prostitution des mineurs, le chômage et autres, tout cela a forgé mon regard concernant les jeunes. Au départ la volonté n’était pas de faire un sujet politique, mais c’est venu comme cela, c’est la situation”, confie Luck Razanajaona. Le scénario est riche, les quêtes sont nombreuses pour Kwame, obligé de faire des choix entre l’argent facile et un éveil et une prise de conscience politique pour sa patrie.
L’un des points forts du film de Luck Razanajaona, c’est sa musique. Le film est rythmé au son du Kaiamba. Là encore, c’est un choix du réalisateur qui a aussi voulu mettre en avant cette musique malgache des années disco. Oza Jerôme, une des légendes de cette musique est par ailleurs un des personnages clés du film. Cette histoire de musique joue un rôle important dans l’intrigue et est un élément clé dans une des quêtes du personnage.
Côté visuel, le film se défend. Malgré un budget bien inférieur aux autres productions internationales, de l’aveu même du producteur, le film rend bien à l’image. On est trimballé aux quatres coins de Toamasina, du côté du port, du cimetière, dans les marchés ou encore dans la maison de Kwamé. Plusieurs scènes sont éclairées à la torche ou à la bougie – car oui les délestages ne sont pas oubliés dans le film – rend l’immersion encore plus réelle.
Le film est filmé dans un style presque documentaire, avec beaucoup de plans fixes et de gros plans pour mieux afficher les émotions des personnages et leur combat interne. C’est également un choix du réalisateur et des producteurs. “Il n’y a presque aucune limite entre la fiction et la réalité. On y raconte la vie dans la manière dont on le perçoit”, confie Herizo Rabary.
On ne peut pas parler de Disco Africa sans parler de Parista Sambo, l’acteur qui incarne Kwame. Conducteur de tuk tuk dans la vraie vie, l’acteur a pleinement réussi à donner vie à son personnage par une performance authentique voire vraie. Ce n’est pas pour rien qu’il a reçu le prix de l’interprétation masculine au Festival des Cinémas africains de Tarifa à Tanger. Le réalisateur confie que ce n’était pas son premier choix et pourtant le résultat est indéniable, Parista Sambo est excellent dans le rôle. “C’est bien de travailler avec des non professionnels car les émotions sont sincères”, glisse Luck Razanajaona.
Voir un film malgache de cette qualité reste exceptionnel. Car malgré ses petits défauts comme des scènes de manifestation parfois pas très convaincantes ou un dernier acte qui aurait pu être plus abouti, Disco Africa est un très bon film qui mérite d’être vu. Le premier long métrage de Luck Razanajaona a mis presque 12 ans à se faire. La recherche de financement a été la plus difficile, confient les producteurs. Le film est coproduit par We Film basé à la Réunion et a pu bénéficier du financement du Centre national de la Cinématographie (CNC) en France. A travers ce film, Luck Razanajaona espère aussi ouvrir la voie pour permettre à d’autres réalisateurs malgache de réussir à financer leurs films.
Le film qui a déjà reçu quatre prix à l’international sera projeté pour la première fois à Madagascar le 1er novembre au Petit Cinoche de Toamasina, le 8 novembre au Cinepax Ambodivona et le 15 novembre au Canal Olympia Andohatapenaka.
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