“Prévenir la capture de l’État : comment transformer la vie des citoyens malgaches”. Tel était le thème d’une conférence organisée le 10 mars à Ankorondrano par Transparency Initiative Madagascar (TI-MG) et l’Université de Sussex, avec l’appui de l’ambassade du Royaume-Uni à Madagascar. Près de 200 participants, issus du gouvernement de la Refondation, de partis politiques, d’organisations de la société civile et de la génération Z, ont pris part aux échanges.
L’objectif de la rencontre était d’identifier des pistes de solution pour prévenir cette forme de corruption de haut niveau, caractérisée par la captation des institutions et des ressources publiques par un cercle restreint d’individus influents.
Selon Ketakandriana Rafitoson, la capture de l’État est déjà profondément enracinée à Madagascar. Elle résulte de détournements massifs perpétrés sous plusieurs régimes successifs. Mialisoa Randriamampianina de TI-MG confirme que ce phénomène reste bien présent sous le régime de la Refondation. “Elle se manifeste par la concentration du pouvoir entre les mains d’un petit groupe, voire d’une seule personne, que ce soit au niveau des idées, des décisions ou des ressources financières”, explique-t-elle.
Parmi les pratiques dénoncées figure notamment l’influence de certains opérateurs économiques sur le processus législatif. Selon les intervenants, des parlementaires seraient parfois soudoyés afin d’orienter les lois en faveur d’intérêts particuliers et de préserver des situations de monopole dans certains secteurs.
Dans le domaine de la politique, les élections figurent parmi les points sensibles à la capture de l’État. “Nous assistons parfois à des scrutins qui ressemblent davantage à une mise en scène qu’à une véritable expression de la volonté populaire”, déclare Ketakandriana Rafitoson, évoquant notamment les contestations qui ont entouré les élections de 2023.
Face à ces dérives, TI-MG appelle à des réformes immédiates. Parmi les pistes avancées figurent l’exclusion des élites politiques recyclées ainsi que la révision de certaines lois jugées aujourd’hui utilisées pour écarter des concurrents, notamment dans le secteur économique.
Solutions malgacho-malgaches
“Nous devons engager ces réformes dès maintenant et poser une question essentielle, autant aux citoyens qu’aux dirigeants. Sommes-nous réellement prêts à changer, ou vivons-nous encore dans une forme de confiscation du pouvoir ? La décision doit être prise dès aujourd’hui, car si nous nous trompons à ce stade, il sera très difficile de redresser la situation par la suite”, lancent les responsables.
De son côté, l’ambassadeur britannique, Patrick Lynch, souligne l’importance d’un dialogue inclusif et des solutions venant des Malgaches face à la capture de l’Etat. “Il ne revient pas à la communauté internationale de décider de l’avenir du pays. Nous devons veiller à ce que les acteurs internationaux ne deviennent pas partie prenante du problème”, confie-t-il.