Quand le chef de l’Etat a inauguré le Centre médical Covid-19, il a promis que les résultats des tests PCR seraient disponibles au bout de 72 heures. Sauf que ce n’est pas toujours le cas. L’analyse des échantillons qui proviennent des différents centres de prélèvement demande du temps, et des précautions. Et quand des tests considérés prioritaires viennent doubler la longue file déjà en attente dans les laboratoires, les échantillons doivent forcément attendre, dans le froid. A moins de 30°C. Incursion dans les locaux du laboratoire des analyses médicales de Madagascar pour comprendre comment cela se passe.
23 Juin 2020.
Le laboratoire d’analyses médicales de Madagascar ou LA2M est inauguré en grandes pompes par le président de la République en personne.
Andry Rajoelina promet qu’avec ce laboratoire malgache, Madagascar pourra réaliser plus de tests au coronavirus. Depuis cette date, les échantillons arrivent par centaines, tous les jours. Ils sont censés être analysés par ordre d’arrivée, mais quand des échantillons prioritaires arrivent, les autres doivent attendre. Le Dr Andry Andrianarivelo nous emmène dans les coulisses du laboratoire pour nous faire découvrir le voyage de ces échantillons,
de leur arrivée au laboratoire jusqu’à la publication des résultats.
Dr Andry Andrianarivelo
Médecin biologiste – Responsable laboratoire LA2M
» Quand l’emballage provenant d’un hôpital ou de la Direction de la veille sanitaire, de la surveillance épidémiologique et riposte (DVSSER) arrive au LA2M, il doit obligatoirement passer par la décontamination.
Après, il faut enregistrer la personne qui a déposé les échantillons. Il y a un cahier pour cela. C’est un registre permettant de déterminer l’origine de l’échantillon, la personne qui l’a déposé. Tout est retracé dans ce cahier. »
Les échantillons passent alors en laboratoire pour un processus complexe, le test PCR ou polymerase reaction chain. Et là, le responsable du laboratoire se lance dans un langage que seuls les initiés comprennent. Il parle d’ADN, d’ARN viral, d’extraction, d’élution, de fixation, de lavage, de programmation, d’amplification. Une fois entrés en laboratoire, les échantillons doivent passer par plusieurs étapes qui peuvent durer plus de quatre heures pour un seul échantillon. La première étape qui consiste à débarrasser l’échantillon de certaines substances afin d’en obtenir l’ARN nécessite 15 mn par échantillon.
La deuxième étape consiste ensuite à extraire l’ARN à analyser. Elle va durer 1h30 pour un paquet de 24 échantillons. Quand l’ARN est extrait, il passe par ce qu’on appelle la phase d’amplification qui va durer 2heures. Pour cette phase, la machine RT/PCR peut traiter jusqu’à 384 échantillons.
Dr Andry Andrianarivelo
« Voici la machine qu’on utilise pour effectuer l’amplification. Il y a ce qu’on appelle la programmation. Cette machine peut traiter près de 384 échantillons en un instant. La durée de traitement de la machine peut durer 2 heures mais la programmation peut durer près de 30 minutes. Il faut ajouter cela avec toutes les étapes que j’ai cité avant, donc le processus est assez long. Ces images nous montrent que la personnes est malade parce que nous obtenons tous les gènes dont nous avons besoin. »
Et quand les résultats sont obtenus, il faut effectuer la saisie des données et des résultats échantillon par échantillon.
Dr Andry Andrianarivelo
« Avant d’affirmer si la personne est négative ou positive, il faut effectuer une saisie des données. Dans ce document, on va avoir le nom, le prénom, l’âge, l’adresse, le numéro téléphone, le code, l’auteur du prélèvement, le code du laboratoire qui possède son propre code, les résultats bien entendus, la conclusion et les remarques éventuelles en fonction de chaque patient. »
Avec pas moins de 200 échantillons qui atterrissent au quotidien au laboratoire, les files s’allongent inévitablement. Une machine RT/PCR peut traiter 384 échantillons en un seul passage de 2h, mais chaque échantillon, avant de passer en machine aura besoin de deux heures.
Et plus si les files s’allongent. Or, il peut aussi arriver que certains échantillons se disent prioritaires, et les autres, ceux qui étaient là avant, doivent attendre.
Et pour attendre, ils doivent rester au frais, au froid à une température de moins 20 ou moins 30°C
Dr Andry Andrianarivelo
« Comme le village Voara a besoin d’un outil pour emballer ses échantillons, nous devons libérer les glacières. Donc nous conservons les échantillons dans des réfrigérateurs avec une température en dessous de 20°. Celui-ci fait moins de 30 degré mais il n’y a pas de problèmes. »
Au LA2M, ils sont quatre techniciens de laboratoire à travailler de façon permanente. Quatre autres ont été envoyés en renfort avant que l’un d’entre eux ne tombe malades. Ils sont donc sept techniciens de laboratoire à faire tourner le laboratoire et à faire sortir au quotidien les résultats d’au moins 200 échantillons, parfois plus de 400, qui leur parviennent.
Dr Andry Andrianarivelo
« Les résultats que nous lançons tous les jours varient. Le nombre le plus élevé que nous avons pu atteindre est de 488 résultats de tests. Parois nous en faisons 300 et parfois 250. L’une des explications c’est que si une erreur technique se produit au niveau du traitement des échantillons, on est obligé de revenir sur toutes les étapes, repartir à zéro. C’est ce qui explique que le traitement de certains échantillons doit être remis à plus tard parce que nous devons régler ce genre de problème. Ce problème technique n’affecte aucunement les résultats, mais parfois on se rend compte à la dernière minute que nous n’avons pas obtenu d’ARN, donc nous revoyons toutes les étapes afin de savoir si la personne est vraiment infectée ou pas par le virus de la covid-19. »













