Des protections de fortune. Faute d’accès à des protections adaptées, la majorité des jeunes filles et femmes à Madagascar utilisent des sachets, des bouts de tissu ou même des couches usagées pendant leurs menstruations. Ces pratiques ont pourtant des conséquences sanitaires préoccupantes, illustrant l’ampleur de la précarité menstruelle dans le pays.
En termes de chiffres, seules 11 % des femmes disposent aujourd’hui de protections hygiéniques appropriées. Près de neuf femmes sur dix ont recours à des alternatives non hygiéniques, augmentant les risques d’infections et d’inconfort. Cette situation a également un impact direct sur leur quotidien. Une jeune fille ou femme sur dix déclare avoir manqué des activités scolaires ou économiques en raison de ses règles.
Au-delà des contraintes matérielles, les menstruations restent un sujet tabou. Environ 39 % des jeunes filles interrogées reconnaissent la persistance de ce silence, qui limite l’accès à l’information et à une meilleure gestion de leur santé menstruelle.
Pour Ornella Assimini, directrice de la santé de la reproduction et de la protection de la jeunesse au ministère de la Jeunesse et des sports, ce manque de sensibilisation contribue à entretenir ces pratiques à risque. Face à cette réalité, plusieurs milliers de jeunes filles vivent leurs règles dans des conditions difficiles, parfois au détriment de leur santé et de leur éducation.
Engagée dans la lutte contre cette précarité, l’artiste Denise appelle à briser les idées reçues. “La menstruation n’est pas un cliché, c’est quelque chose de naturel. Pourtant, certaines femmes vivent encore chaque mois dans l’incertitude”, souligne-t-elle, évoquant les difficultés liées à la gestion et à l’élimination des protections de fortune.
Une campagne de sensibilisation d’envergure est prévue les 23 et 24 avril à Antananarivo, Mahajanga, Antsiranana et Toamasina. Portée par le Réseau de jeunes bénévoles AfriYian en collaboration avec le ministère de la Jeunesse et des sports, elle ciblera directement 3 000 jeunes filles et garçons.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité de l’engagement de Softex, qui a choisi de reverser les bénéfices du concert de Denise et Shyn du 8 mars à la lutte contre la précarité menstruelle. Les organisateurs rappellent que “l’hygiène menstruelle n’est pas un luxe, mais un droit fondamental”, appelant à une mobilisation conjointe du secteur privé, de la société civile et des institutions publiques pour lever un frein majeur à l’épanouissement des jeunes filles malgaches.














