Les outils novateurs de protection et de valorisation des patrimoines culturels et naturels liés aux plantes médicinales : jardin pédagogique, recueil ethnobotanique et éducation populaire (Ethnopharmacologia n°58, octobre 2017, p.44-60)
Dans une démarche résolument de partage, parce que la démarche de protection de l’exceptionnelle Biodiversité à Madagascar ne pourra pas être uniquement scientifique ni le monopole des experts, j’ai découvert en profane cet article de Carole Sattier (docteur en pharmacie, présidente honorable AVERTEM) et Maëlle Razafindravao (Ingénieure en pharmacologie, présidente AVERTEM Madagasikara) qui, du cas précis de la forêt de Tampolo (Région Analanjirofo), dégage une typologie d’actions pour l’ensemble des réservoirs (botanique/naturel et de savoir-faire traditionnel/culture immatérielle) à Madagascar.
Cette forêt de Tampolo, comme tant d’autres à Madagascar, et c’est une constatation de longue date (cf. Henri Perrier de la Bâthie, «Les réserves naturelles de Madagascar», La terre et la vie, n°7, août 1931, pp.427-442) est menacée de disparition sous la pression anthropique.
L’article passe en revue les nombreux acteurs qui veillent à l’attitude APA (Accès et Partage des Avantages). En amont, il permet également de souligner le rôle actif d’institutions pas très souvents citées (comme le CNARP : Centre National des Recherches Pharmaceutiques). Très instructif, le tableau des plantes médicinales avec la famille et la propriété traditionnelle, le nom scientifique latin, le nom vernaculaire, l’indication. Comme c’est souvent le cas, la Bibliographie nous fait découvrir les noms de chercheurs malgaches dont l’existence discrète rassure face à ce que nous croyons être un double désert : un désert intellectuel devant un désert écologique.
Cette Chronique de compte-rendu fait mea culpa d’une ignorance péremptoire trop largement partagée.
AVERTEM (Assocation de Valorisation de l’Ethnopharmacologie en Régions Troicales et Méditerranéennes) a été fondée par des professeurs de botanique de la Faculté de Pharmacie de Lille, en 1999. L’association AVERTEM Madagasikara est née, en 2012.
La forêt de Tampolo, située à 10 km au Nord de Fenoarivo-Atsinanana, a reçu le statut d’aire protégée en 2006.
Selon le tableau de bord environnemental de l’ONE, pour 2015, dans la région Analanjirofo, 133 espèces de flore étaient classées menacées par l’UICN dont 33 CR (en danger critique d’extinction), 51 EN (en danger) et 49 VU (vulnérables). Jadis la forêt littorale représentait 4500 km2. Aujourd’hui, elle ne s’étend plus que sur 486 km2, dont 4,8% ont un niveau de protection formelle.
L’établissement du statut écologique des plantes médicinales d’intérêt recensées à Tampolo par le botaniste Guy Éric Onjalalaina montre des classements UICN préocuppants : parmi les six espèces médicinales cibles de son étude, cinq sont classées en danger (EN : zone d’occupation inférieure à 500 km2, évaluée sur tout Madagascar, déclin futur prédit entre 53% et 100%, à savoir Brochoneura acuminata, Burasaia madagascariensis, Phyllarthron madagascariense, Xylopia buxifolia, Dalium unifoliolatum) et une est vulnérable (VU : zone d’occupation entre 500 et 2000 km2, déclin futur prédit entre 59 et 74%, à savoir Uapaca thouarsii).
Ce projet «Madagascar : des hommes, des plantes, des remèdes» comporte deux volets d’intervention principaux. L’un représente un objectif sanitaire qui vise à lutter contre les pathologies diarrhéiques et respiratoires par la valorisation du savoir médical traditionnel (…) l’autre constitue un objectif écologique qui vise à préserver la flore et la biodiversité de l’aire protégée de la forêt de Tampolo. Le retour aux populations se concrétise par des conseils lors de formations dans l’utilisation des plantes médicinales : l’importance de l’identification de la drogue végétale, du respect des dosages, de la posologie et de la durée du traitement, de l’hygiène, des signes de gravité, des gestes d’urgence et de la prévention des pathologies.
Les détenteurs des savoirs, dont les Tangalamena et les tradipraticiens, malgré leur enthousiasme à vouloir valoriser la médecine naturelle se sentent impuissants par rapport aux infuences de certaines églises qui considèrent la médecine traditionnelle malgache comme le travail de Satan.
Pour éviter que le patrimoine relatif aux plantes médicinales ne tombe dans l’oubli, notamment par la fragilité de l’oralité et sa transmission, des structures recensent et publient des recueils ethnobotaniques présentant par exemple des monographies de plantes médicinales utilisées à Madagascar. C’est le cas de l’ONG l’Homme et l’Environnement, Jardins du monde, Missouri Botanical Garden, Prota, INSPC…Il existe aussi un ouvrage malgache, le Ravi-Maitso. Des bases de données internationales émergent… Avertem a soutenu en partenariat avec le CNARP (Centre national des recherches pharmaceutiques) la numérisation de deux recueils ethnopharmacologiques : Alaotra (1986) et Ambongo-Boina (1992), documents dont les versions imprimées étaient épuisées depuis une quinzaine d’années à Madagascar.
Dans le cadre du projet «Madagascar, des hommes, des plantes, des remèdes», en 2010, l’association Avertem, les gestionnaires de l’aire protégée de Tampolo (l’ESSA-Forêts) ainsi que les villageois des trois fokontany les plus proches de la forêt, ont mis en place un jardin médicinal pédagogique. En 2016, une cinquantaine d’espèces ont poussé dans le jardin (…) La reconnaissance botanique de l’espèce est plus facile par une observation directe de la plante, dans le jardin. Sur chaque plante, un panneau indique le nom vernaculaire malgache betsimisaraka et le nom scientifique latin (…) Par la mise en culture des plantes dans le jardin, les villageois acquièrent des modes de multiplication des plantes médicinales, ce qui permet ensuite de produire des jeunes plants pour remplacer les espèces naturelles qui sont utilisées. Depuis 2010, nous avons pu repiquer nos pépinières dans la forêt de Tampolo : 3000 Xylopia buxifolia et 2000 Brochonuera acuminata, qui sont des plantes médicinales en danger, ainsi que 1000 Uapaca thouarsii, plante vulnérable.
Approche scientifique de la tradition ou tradition scientifique autour de l’empirisme : Pour l’approche scientifique, basée sur des méthodologies et des analyses rigoureuses, les savoirs traditionnels, basés quant à eux sur l’expérience et l’observation, ne sont pas toujours considérées à leur juste valeur thérapeutique, particulièrement sans preuve scientifique (…) Pour valoriser les savoirs de la population autochtone, des études scientifiques botaniques, pharmacologiques et toxicologiques des plantes utilisées à Tampolo permettent la reconnaissance d’un patrimoine à la croisée de deux approches : empirique et cartésienne. Le résultat final de l’action de l’association est le retour des connaissances aux populations détentrices de savoirs pour améliorer le soin par l’utilisation des plantes médicinales.
La démarche originale de ce travail s’appuie sur l’étude des usages et des connaissances empiriques des bénéficiaires du projet d’Avertem, par le prisme des sciences (humaines, botaniques, pharmacologiques…). Les objectifs de cette recherche appliquée consistent en des débouchés concrets et porteurs d’espoir pour le futur des écosystèmes et des espèces qui y évoluent (notamment l’espèce humaine).














