L’Organisation des Nations unies donne l’alerte. Le scénario d’une aggravation record de l’insécurité alimentaire dans le monde en cas de conflit prolongé au Moyen-Orient est en train de se concrétiser, avertit-elle ce vendredi. « Le scénario négatif est malheureusement en train de se concrétiser », confie à l’AFP Jean-Martin Bauer, le directeur du service d’analyse de la sécurité alimentaire du PAM. « La fermeture (du détroit) d’Ormuz se traduit par une hausse de la faim », ajoute-t-il, soulignant l’envolée des prix des denrées de base comme le riz et le blé.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies avait prévenu en mars, deux semaines après le déclenchement par les Etats-Unis et Israël de la guerre contre l’Iran, que près de 45 millions de personnes supplémentaires pourraient être frappées par une insécurité alimentaire aiguë si le conflit ne cessait pas d’ici à juin et si le prix du baril de pétrole restait supérieur à 100 dollars. Ces personnes viendraient s’ajouter aux près de 320 millions qui souffrent déjà d’insécurité alimentaire aiguë dans le monde.
Le PAM a également averti des « importants effets de contagion, notamment par le biais des chocs sur les prix du carburant et des denrées alimentaires, des pertes de revenus et des perturbations du commerce », dans une note d’analyse. « A mesure que ces facteurs interagissent avec des vulnérabilités préexistantes », il y a rapidement des « répercussions visibles sur la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance », note-t-il.
« Ce qui se profile, c’est le retour d’une crise mondiale du coût de la vie semblable à celle que nous avons connue en 2022 », après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, met en garde Jean Martin Bauer. Mais en 2022, « les programmes humanitaires étaient mieux financés. Les humanitaires étaient présents dans des endroits où ils ne le sont plus », nuance-t-il.
L’aide internationale est également affectée par la hausse des coûts et les difficultés logistiques liées au conflit, relève l’analyse du PAM. « Le système humanitaire est pris en étau : l’augmentation des besoins et celle des coûts de mise en œuvre entraînent des lacunes » dans la prise en charge, lit-on dans le document.
S’adressant à des journalistes à Genève vendredi, Jean Martin Bauer avertit que le PAM se préparait à une « rupture de pipeline » le mois prochain, ce qui signifie qu’aucune nourriture ne sera disponible pour la distribution. « Ceux qui subiront les conséquences de cette situation seront des enfants très vulnérables de moins de cinq ans », met-il en garde, soulignant également qu’il existait déjà un risque de famine dans une région somalienne.
L’organisation estime qu’elle aidera 1,5 million de personnes de moins que prévu initialement en 2026 et prévient que si le conflit devait se poursuivre pendant six mois, plus de neuf millions de personnes pourraient perdre toute assistance.













