Plus de trois ans après avoir mis en place sa politique nationale de protection sociale, Madagascar peine à soutenir les plus pauvres de sa population. Un débat organisé à l’Université d’Antananarivo a pointé du doigt les causes de ces difficultés.
Une lente évolution. La politique nationale de la protection sociale met du temps à s’installer. Malgré les différentes actions menées ces trois dernières années dans la promotion de la protection et de la sécurité sociales, beaucoup de malgaches ne sont pas couverts par un système de protection sociale.
Du côté du secteur privé dont les travailleurs sont censés bénéficier de la sécurité sociale, ce grâce à leur affiliation à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNAPS), « seuls 40% des travailleurs sont inscrits » à cet organisme public chargé de gérer les cotisations sociales. Des chiffres révélés par Nirina Rafarahanta, directeur de la sécurité sociale auprès du ministère du Travail, de l’emploi, de la fonction publique et des lois sociales lors d’un débat organisé à l’Université d’Antananarivo, dans le cade de la célébration de la journée de la protection sociale le 15 mai dernier.
La situation est pire pour la population la plus pauvre du pays. Selon les données publiées par le ministère de la Population, de la protection sociale et de la promotion de la femme, uniquement 5 à 7% de la population classée comme extrêmement pauvre est couverte par des interventions dans le domaine de la protection sociale. Or, les mêmes chiffres évoquent que cette population « extrêmement pauvre » est composée de 52,7% de la population malgache.
Ce ne sont pourtant pas les actions censées soutenir cette population qui manquent à Madagascar. « Avec toutes les aides internationales que ce pays obtient, il ne devrait plus y avoir de maisons en falafa dans ce pays », a soulevé Irenée Ravelojaona, directeur général de la protection sociale auprès du MPSPPF. Pour des questions de mauvaise gouvernance et de mauvaise stratégie, pourtant, les plus pauvres continuent de souffrir des impacts des catastrophes naturelles, et ont du mal à faire face à l’adversité quand ils doivent subir des sinistres divers.
Refus de l’assistanat
Pour les participants au débat, les interventions réalisées avec les appuis internationaux ont tendance à devenir une forme d’assistanat, ce qui n’aide pas les bénéficiaires à sortir de leur misère. « Il faut aller au-delà des interventions d’urgence et profiter des interventions ponctuelles pour mettre en place des structures pérennes », suggère un participant. D’autant que selon la directrice générale de la protection sociale, il est question de lutter contre la pauvreté et non d’entretenir les pauvres. « Le but de ces appuis est d’aider les personnes les plus vulnérables à sortir de la pauvreté afin qu’ils puissent produire et contribuer à la création de richesse et non de les assister », souligne-t-elle.
Le rôle de l’État dans les orientations stratégiques de l’utilisation des aides internationales a ainsi été mis en avant durant le débat. « Il revient au gouvernement de faire en sorte que les financements étrangers contribuent à créer des projets durables, qui ont des impacts directs sur la vie de la population et non agir de façon ponctuelle », a martelé un autre intervenant.
Hony Radert du Collectif des citoyens et des organisations citoyennes (CCOC) a notamment insisté sur la nécessité pour l’État de dépenser de manière responsable et raisonnable. Elle a, entre autres, pointé du doigt le renouvellement du parc automobile d’une institution, et l’achat à prix très élevé des consommables utilisés dans les bureaux administratifs. « Comment peut-on parler de solidarité dans ces cas ? », s’indigne-t-elle.
La solidarité a également été abordée au cours du débat. « La protection sociale nécessite une solidarité. Il n’y a pas de solidarité sans citoyens. Chacun à un rôle à jouer pour permettre à tous les malgaches de bénéficier d’un filet de sécurité ».














