Le projet minier de Toliara amorce une phase de transformation stratégique majeure. Suite au rachat du projet par le groupe américain Energy Fuels, son Directeur général par intérim, Mike Van Akkooi, détaille la nouvelle feuille de route de l’entreprise lors d’un entretien exclusif le jeudi 22 janvier. Désormais porté par l’exploitation des terres rares et de la monazite, le projet, rebaptisé Vara Mada, ambitionne de devenir une exploitation multigénérationnelle, s’appuyant notamment sur les standards internationaux les plus rigoureux en matière de responsabilité environnementale et d’intégration sociale. Entre négociations d’un accord d’investissement avec le gouvernement et volonté de restaurer un dialogue de confiance avec les communautés locales, le dirigeant de l’entreprise minière revient sur les défis et les opportunités de ce projet. Interview.
Pourriez-vous faire le point sur l’état d’avancement actuel du projet Vara Mada?
Le projet est encore aux premiers stades de son développement. Ma mission prioritaire consiste actuellement à instaurer un dialogue de confiance avec les communautés locales et à finaliser un accord d’investissement avec le gouvernement afin de permettre la progression de nos activités. Nous devons achever nos études d’impacts environnementales et sociales (EIES), garantir l’adhésion des populations locales, et obtenir la validation de nos plans pour l’octroi des permis environnementaux définitifs. Il reste donc des étapes cruciales avant le démarrage opérationnel du projet.
Pensez-vous que le projet puisse aboutir malgré les contestations à Madagascar ?
J’en suis convaincu, sinon je ne serais pas ici. Nous sommes conscients du passif contentieux lié à ce projet. Cependant, nous apportons des normes internationales de classe mondiale, un engagement communautaire renouvelé basé sur l’écoute, et la crédibilité d’une entreprise responsable. En expliquant clairement les retombées bénéfiques pour la région de Toliara et pour Madagascar, nous obtiendrons le soutien nécessaire à la réussite du projet. La confiance se mérite par le temps, la communication et la transparence. En tant que société américaine, nous appliquons partout, en Australie, au Brésil, aux États-Unis, les standards de la Société financière internationale (SFI), qui constitue la référence absolue pour les projets miniers mondiaux. Une mise en œuvre rigoureuse de ces normes à Madagascar générera des bénéfices tangibles pour toutes les parties prenantes.
Vous avez récemment actualisé vos études de faisabilité. Les perspectives sont-elles plus favorables ?
Absolument. Lors de l’acquisition par Energy Fuels, le projet portait sur les sables minéralisés lourds. L’intégration de la monazite a considérablement accru l’envergure et la viabilité économique du site. Nous prévoyons désormais une mine multigénérationnelle avec une durée de vie d’au moins 40 ans, voire bien au-delà. De plus, la monazite servira à la production de terres rares, essentielles à la transition énergétique (moteurs électriques, éolien), conférant au projet une importance stratégique mondiale.
Où en est l’actualisation de l’étude d’impact environnemental (EIE) ?
Le projet dispose actuellement d’une étude d’impact environnemental datant de 2019. Il est désormais nécessaire d’actualiser cette étude. Nous devons collecter environ 15 mois de données de base saisonnières afin de garantir l’exhaustivité de nos inventaires, avant de réévaluer et de mettre à jour les plans d’atténuation spécifiques au projet. En nous appuyant sur les conclusions de l’étude de 2019, nous avons déjà apporté de nombreuses modifications à la conception technique du projet pour renforcer la protection environnementale des zones sensibles situées à proximité du site, et nous poursuivrons cette démarche. Ainsi, 15 mois d’études complémentaires sont encore nécessaires avant de pouvoir finaliser ces documents et les soumettre à l’examen du gouvernement.
Pouvez-vous justement détailler le cycle d’exploitation que vous prévoyez ?
Il est important de noter que l’exploitation des sables minéralisés est l’une des formes d’extraction ayant le plus faible impact environnemental : aucun produit chimique ni explosif n’est utilisé. Les résidus de traitement ne contiennent aucun élément contaminant, contrairement à l’or ou au cuivre qui peuvent impliquer du cyanure ou de l’arsenic. L’extraction se fait par blocs successifs : nous retirons la couche arable, extrayons les minéraux qui constituent environ 5 à 6 % du volume, puis nous remblayons immédiatement avec le sable et la terre d’origine avant de procéder à la reforestation. Grâce à nos botanistes et aux meilleures pratiques internationales, nous visons à restaurer un écosystème indigène de meilleure qualité que l’état initial, souvent dégradé par la production de charbon de bois et l’érosion.
Quel est votre calendrier pour le démarrage des travaux ?
Tout dépend de la signature de l’accord d’investissement et de la finalisation de l’EIE. Une fois l’accord conclu, nous intensifierons nos investissements régionaux : formation et recrutement local via notre centre dédié, amélioration des infrastructures et renforcement des investissements sociaux.
Quelles sont les modalités fiscales prévues ?
Nous ne sollicitons aucun régime fiscal dérogatoire. Nous opérons dans le cadre du système fiscal en vigueur car il est primordial que l’État et la population perçoivent leur juste part des bénéfices. Contrairement à de grands projets miniers qui attendent souvent 10 ans avant d’être bénéficiaires, nous avons structuré ce projet pour payer des impôts dès la première année d’exploitation. L’accord d’investissement sera d’ailleurs public et transparent.
Quelle est votre politique en matière d’emploi ?
Notre ambition est de maximiser l’emploi local. Bien que les mines requièrent une expertise spécifique, nous visons à terme un taux de 95 % d’emplois nationaux grâce à nos programmes de formation. C’est un projet à très long terme, pouvant durer un siècle, offrant des opportunités sur plusieurs générations.
Pourquoi avoir changé le nom en Vara Mada ?
Le nom devait refléter nos valeurs et notre respect pour les populations locales. Notre slogan, “Nous pouvons élever une génération si nous bâtissons ensemble”, illustre cette philosophie. Notre logo symbolise trois flèches, les communautés, le gouvernement et l’entreprise, convergeant vers un objectif commun de progrès partagé.














