Antananarivo, 15 Janvier, 16h05 – Il avait fait du geste artisanal un projet économique et du produit local un combat quotidien. Hambinintsoa Tefy Ranaivo , connu sous le nom de Tefy Mahafaly, s’est éteint ce jeudi matin à l’âge de 63 ans. Avec lui disparaît une figure discrète mais centrale de l’artisanat malgache, qu’il a façonné autant dans les ateliers que dans les instances professionnelles.
Entrepreneur engagé, Tefy Ranaivo a consacré l’essentiel de son parcours à la structuration d’un secteur longtemps relégué à la marge. Fondateur en 2009 de Mahafaly Création, relancée en 2011 après une pause, il a misé sur la transformation de textiles, de soieries et de bijoux en pierres précieuses, en valorisant des matières premières locales comme le lambahoany et en intégrant des procédés de recyclage. Ses créations, exposées notamment à l’Hôtel Colbert, ambitionnent de prouver que l’artisanat pouvait être à la fois identitaire, durable et économiquement viable.
Élu président de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat d’Analamanga, il a ensuite porté ce combat à l’échelle institutionnelle, en lien étroit avec la Fédération nationale des Chambres des métiers. Partenariats techniques et financiers, coopération internationale, montée en compétences des artisans, Tefy Ranaivo s’était attaché à organiser la filière, convaincu que le savoir-faire devait s’accompagner de méthodes et de débouchés. En 2024, il avait piloté le programme Hetsika Maroloko Tsena, vitrine collective d’un secteur en quête de reconnaissance.
Visionnaire pragmatique, il avait plaidé pour l’intégration de l’artisanat dans le système éducatif afin d’assurer la transmission des techniques manuelles. Il soutenait également des solutions concrètes, comme les foyers économes en charbon Fatana Mitsitsy. Mais ses prises de parole les plus insistantes concernaient les freins structurels, tels que les coupures d’eau et d’électricité, l’accès au financement, ou encore la fragilité des chaînes de production.
Jusqu’à ces derniers mois, Tefy Ranaivo travaillait encore à la préparation de rencontres avec des investisseurs pour accompagner la croissance des entreprises artisanales à Madagascar. Son départ laisse un vide dans un secteur qu’il aura contribué à bâtir patiemment, fil après fil, pierre après pierre.