Avoir soixante-dix ans aujourd’hui, c’est être de 1949. Pas assez tôt pour avoir connu le 29 mars 1947, mais depuis suffisamment longtemps pour peut-être avoir vu de Gaulle à Mahamasina, promettant le retour de l’indépendance en s’adressant au palais de Manjakamiadana (22 août 1958) ; regarder les représentants des assemblées provinciales danser après avoir voté pour la République (14 octobre 1958) ; assister au 13 mai 1972 ; voter OUI au référendum-plébiscite du 21 décembre 1975…
1949 : c’était la victoire d’Israël sur les armées arabes (7 janvier), le point IV de Harry Truman sur l’assistance américaine aux pays en voie de développement (20 janvier) la naissance du pacte atlantique (4 avril), l’admission d’Israël aux Nations-Unies (11 mai), la naissance de la République fédérale d’Allemagne (23 mai), la proclamation de la République populaire de Chine (1er octobre), l’indépendance de l’Indonésie (2 novembre), l’indépendance du Cambodge (8 novembre), la visite de Mao Tsé-toung à Moscou : d’ailleurs à l’occasion du 70ème anniversaire de Staline.
Staline qui ne mourra que quatre ans plus tard, laissant à la postérité un adjectif, «stalinien», de sinistre réputation. Si le nazisme avait été jugé et condamné en 1945, on attend toujours le Nuremberg du communisme. Justement, le procès de Nuremberg se clôt en 1949 (14 octobre).
En 1945, George Orwell, qui n’était pas encore l’auteur de «1984», avait publié une satire du stalinisme. Dans «La ferme des animaux», qui ont pris le pouvoir, c’est bientôt la dictature des cochons : une perversion des idées généreuses de «Sage l’Ancien», le cochon-philosophe utopiste.
Quand, à 50 ans, on a su rafler la mise, mais qu’à 60 ans, on se fait botter le cul, que faut-il faire pour ses 70 ans ? Accepter peut-être que l’avenir est derrière soi. S’interroger si on a appris de ses échecs. Philosopher que si on avait pu être providentiel, on ne sera jamais le Messie. Ne pas passer la main au vide, à la condition d’avoir su préparer une relève. Mais, surtout ne pas se croire irremplaçable. À soixante-dix ans, on peut se permettre d’être l’Ancien, un Sage.
Comment déjà on dit dans les romans : toute ressemblance sera fortuite.














