Maxime universelle : on ne fait pas une omelette sans casser des œufs. Démonstration par l’absurde bien malgache : on ne remblaie pas le Betsimitatatra sans araser les collines. Et, à force d’aplanir les collines, que va-t-il rester des emblématiques « Tendrombohitra Roambinifolo » , les douze collines qui font l’Imerina ?
Quand ce ne sont pas les engins qu’on envoie, très officiellement, terrasser les montagnes, ce sont les petites mains qui s’attaquent sans relâche aux pierres des collines : Ambatomaro, aux-pierres-innombrables, disparaîtra purement et simplement à raison de ces camions emplis de moellons à pleine charge par essieu, mais que personne ne songe à contrôler ; sur la route d’Anjeva, comme aux abords d’Ambatofotsy, et partout ailleurs dont on ne peut dresser ici la liste exhaustive, c’est le même spectacle de ces familles qui réduisent les vatolampy en gravillons.
Les « Douze collines », qui ne sont pas que douze, dessinent un paysage qu’ont célébré, tant et tant de fois, les poètes : « Ankaratra et Andringitra voulaient venir l’une vers l’autre, dit la légende, mais Ambohimanoa s’est intercalée ».
L’Imerina, en son étymologie, c’est ce pays des hauteurs sur lesquelles les Anciens établirent leur habitat, laissant la plaine, à l’eau, au riz, aux cultures. L’Imerina, sans ses collines de toujours, sera un « plat pays ». Un plat pays qui sera un peu moins le nôtre : ces remblais incessants détruisent une part d’histoire et dépersonnalisent tout un peuple auquel on vole son paysage identitaire.
Les collines qu’on noie dans la plaine, c’est l’Imerina qu’on assassine.














