La Réunion, code postal 974, Département français de l’Océan Indien, mais un «brand pays» réussi quand sa «Diagonale des Fous», 66 heures de course avec 9576 mètres de dénivelé positif, élue par L’Équipe «ultra trail le plus mythique au monde», constitue la 10ème et dernière étape de l’Ultra-Trail World Tour depuis ses 25 ans en 2017.
Le départ de la 27ème édition a été donné, dans la soirée du jeudi 17 octobre, avec une arrivée dès vendredi pour les ténors de la discipline, tandis que les amateurs (dont certains sont septuagénaires) auront jusqu’à dimanche, dans la course-phare ou dans les trois autres variantes : Trail de Bourbon, Mascareignes, ou la course en équipe Zembrocal Trail.
L’infographie, de type Tour de France, présente un profil qui mérite son surnom de «fou» : partant du niveau de la mer à Saint-Pierre, «Ville d’Art et d’Histoire» depuis l’an 2000, les concurrents auront déjà grimpé à 1900 mètres d’altitude au 30ème kilomètre. Après l’alpinisme d’un mur bien vertical, le coureur est précipité dans un ravin abrupt depuis un sommet vertigineux (le 60ème kilomètre revendique ses 2000 mètres d’altitude). Et on recommence, à monter et à redescendre jusqu’à concurrence des 165 km jusqu’à Saint-Denis, au niveau de la mer.
Comme si les paysages d’un pays montagnard en pays tropical ne suffisaient pas à envoûter les participants, ceux qui s’en donnent le loisir peuvent, depuis les hauteurs du «Colorado» (1 km à vol d’oiseau, mais à 700 mètres d’altitude), admirer les arrivées au stade de La Redoute nimbé des lumières nocturnes de Saint-Denis : vues d’avion, celles-ci donnent l’illusion d’une coulée de lave qui dévale vers la mer.
La Réunion, ce sont des sentiers balisés que les organisateurs tiennent à laisser propres en incluant dans le kit d’inscription un «sac propreté». Sont justement accessibles à pied, les cirques, dans les hauts de l’île, qui ont longtemps servi de refuge inexpugnable aux esclaves, dont bon nombre furent originaires de Madagascar aux XVIIème et XVIIIème siècles.
«Salazie» est un ensemble naturel inscrit au Patrimoine de l’UNESCO : le «piton d’Anchaing» (1352 m), les cases créoles colorées de Hell-Bourg (930 mètres d’altitude) labellisé «plus beau village de France» depuis 1998, la cascade «Pisse-en-l’air» sous laquelle il faut passer entre les gouttes… Le mot «salazie» dérive vraisemblablement du mot malgache «salaza» (les pierres du foyer, cf. Richardson 1885) auxquelles avaient pu songer les esclaves marrons (en fuite) au spectacle des trois rochers dressés entre Cilaos et Mafate.
«Mafate», c’est un mot malgache aisément reconnaissable : «mahafaty» et son rapport à la mort. Le cirque du même nom est uniquement accessible à pied ou par hélico. Quant à «Cilaos» (1200 m d’altitude), qui abrite l’unique station thermale de l’île, pourquoi pas une étymologie depuis le malgache «tsy ilaozana», que-ne-quitte-pas la neige éternelle bonnet phrygien du «Piton des Neiges» qui, avec ses 3.071 mètres, est le plus haut sommet de l’Océan Indien.
La «Diagonale des Fous», dont le nom officiel est «Grand Raid», constitue le principal événement sur l’île de La Réunion et qui lui assure une visibilité internationale, avec 6400 inscrits originaires d’une cinquantaine de pays.
Le très sérieux «Île de La Réunion Tourisme» (IRT) leur vante même «l’achards (d’où lasary) de légumes», sans jamais oublier les incontournables : rhum arrangé (rhum agricole, sirop d’orgeat, jus d’ananas Victoria, gousse de vanille), punch au coco, punch aux letchis…La Réunion, île intense : l’essentiel n’était pas que de participer.













